Le Sahel et la sécurité internationale

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Peut-on assurer le développement et aspirer à la prospérité dans un climat d’insécurité et de menaces récurrentes qui planent sur les pays du Sahel? La réponse à cette question lancinante est claire : il ne peut y avoir de développement sans sécurité. Si les projecteurs des médias sont braqués sur le Darfour où les efforts de la diplomatie…

internationale sont déployés pour trouver une issue à ce conflit tant médiatisé, il n’en demeure pas moins qu’une autre sous-région aussi conflictuelle que crisogène, en l’occurrence le Sahel, est prédisposée plus que jamais à occuper le devant de la scène internationale.En effet, l’arc sahélien qui est  devenu une aire de prédilection pour des groupes terroristes en quête de nouveaux espaces pas ou difficilement contrôlables pour se redéployer, préparer leurs attaques et  trouver de nouvelles sources de financement. Zone tampon entre deux Afriques « l’Afrique Blanche » et « l’Afrique Noire » mais surtout zone de transit, de refuge, de jonction, d’échanges et d’activités secrètes, le Sahel  développe une certaine conflictualité à la fois endémique et surtout difficilement maîtrisable. De par sa position stratégique et ses caractéristiques géopolitiques, il a produit et ne cessera certainement pas de produire des conflits aux répercussions préjudiciables à la paix et à la sécurité de la région. Il est géopolitiquement établi et historiquement prouvé que les zones d’insécurités et d’instabilités affectent inéluctablement les régions avoisinantes, et que n’importe quelle secousse politique ou conflit régional d’une magnitude si minime soit-elle sur « l’échelle de Richter politique et géostratégique » aura des répercussions dans d’autres pays. Ainsi, compte tenu du fort degré d’imbrication, il y a fort à parier qu’une  conflictualité en réseau ou en «chaîne» est possible puisque toute action s’exerçant sur un maillon de la chaîne se traduit par des répercussions sur l’ensemble de la région. Les observateurs et les géopoliticiens s’accordent à dire que cette région contient les germes d'une poudrière, où s’activent le terrorisme, le salafisme, les mouvements revendicatifs des Touaregs originaires du Mali, du Niger et d'Algérie, le trafic d’armes, d’ êtres humains, de drogue, etc.La situation Kafkaïenne de cette partie du continent et la lame de fond du séparatisme et de violences qui traverse aujourd'hui cette zone géographique sont très préjudiciables à la stabilité régionale et à la sécurité internationale. C’est l’aboutissement de politiques hégémoniques et malveillantes d’ingérences et de complots menés par  les Etats limitrophes. Les tendances hégémoniques prennent le pas sur l’intégration régionale. Ce faisant, ils risquent fort bien d’embraser toute la région et par conséquent d’exporter ces conflits vers d’autres régions avoisinantes.
Aux politiques interventionnistes et hégémoniques qui sévissent dans le sahel, s’ajoutent d’autres éléments qui risquent de déstabiliser la sécurité internationale. En effet, plusieurs dangers guettent directement l’Afrique du Nord et la rive méditerranéenne et indirectement d’autres pays du monde, à partir du sahel. Ces dangers peuvent être ramenés principalement aux éléments suivants:

Le développement en catimini d’un terreau des islamistes et d’un sanctuaire pour le terrorisme international, ce qui pourrait se manifester par la recrudescence des attentats organisés et perpétrés à partir de cet espace, des opérations d’enlèvements, des actes de piraterie et l’apparition de nombreux camps d’entraînement, etc. Ce couloir est considéré maintenant comme une rampe de lancement des attaques contre les pays du Nord que ce soit l’Afrique du Nord ou les pays européens de la rive méditerranéenne ;

La constitution d’une zone grise propice à la multiplication des trafics illégaux de tout genre, que ce soit les armes, les stupéfiants, les véhicules, les matières premières, les êtres humains, etc.;

La constitution d’une zone exportatrice d’une émigration de masse en direction de l’Afrique du Nord et des rivages européens, ce qui affectera la sécurité régionale et constituera un lourd tribut à payer par les pays du Nord;

Le risque d’injection des gains des détournements, des trafics et des activités illégale dans les circuits souterrains des économies occidentales et l’accroissement des opérations de blanchiment d’argent avec leurs corollaires en termes de financement des réseaux terroristes, des bandes de malfrats et des activités mafieuses ou autres ;

Le risque d’utilisation des ressources stratégiques (pétrole, gaz, uranium)  à des fins hostiles aux intérêts des pays voisins et à l’atteinte à la sécurité des Etats.
Ces dangers proviennent principalement des caractéristiques géopolitiques inhérentes à cet espace majoritairement désertique qui présente un faisceau de critères hautement crisogènes plongeant la région entière dans l’insécurité et l’instabilité.
En effet, le désert est souvent considéré comme un facteur de dilution ou d’effacement des frontières. Difficilement contrôlable et difficilement défendable, il devient susceptible d’attirer de multiples fonctions: trafics illicites (personnes, armes légères, armes prohibées, déchets nucléaires, stupéfiants, etc.) propices à une diversification et à une prolifération des facteurs de tension; abri pour des commandos dormants; zone discrète pour des tests sensibles (armes chimiques, tests d’armes balistiques, entraînements aériens, etc.)

Par ailleurs, l’espace saharo-sahélien favorise une remise en question des frontières établies par les Etats, l’étatisation post-coloniale de l’espace ayant bouleversé les frontières ethniques et les modes de vie traditionnels, notamment la libre mobilité des hommes et des biens (caravanes, commerce, transhumance et nomadisme), tout ceci aggrave davantage la situation et augmente les tensions inter-étatiques. Le risque de contagion ou d’effet «tâche d’huile» est amplifié par la porosité des frontières, inhérente aux caractéristiques géopolitiques propres à cet espace désertique, qui favorise des dynamiques de transfert de populations et reste propice à l’enclavement des Etats. Et comme un Etat enclavé est par définition un Etat qui ne dispose pas d’une issue  maritime et donc d’un accès direct à la mer. Les communications et les échanges économiques dépendent étroitement de sa relation avec ses voisins. Cette dépendance est la source d’un grand et profond handicap, souvent vécu comme un «complexe d’infériorité géopolitique» acculant les Etats à mettre en œuvre de multiples stratégies de désenclavement qui ne manquent certainement pas de tirer la région vers des situations hautement conflictuelles.

Ceci étant, la stabilité et la sécurité du Sahel interpellent plus que jamais la communauté internationale et nécessitent une  implication effective et conséquente de sa part ainsi que de la part des pays voisins afin que soit trouvée une solution radicale à même d’assoir les jalons d’une politique concertée de prévention structurelle des conflits.

Les ONG, les organisations internationales ainsi que toute la communauté internationale sont appelées à porter plus d’attention à ce qui se passe dans les pays du sahel et leur venir en aide. Les pays du Sahel sont considérés pour la plupart dans la catégorie des Etats les moins avancés (PMA). La pauvreté qui y sévit et le sous-développement palpable, amplifiés par la dureté des conditions climatiques et par l’enclavement des pays sont sources de désespoir et offrent un terreau favorable aux rébellions, aux dissidences et aux extrémismes ce qui risque de remettre en cause le fragile équilibre en place.

Depuis le 11 Septembre 2001, l’arc sahélien s’impose comme un espace stratégique dans la démarche globale de lutte contre le terrorisme selon la logique de responsabilisation des Etats, en les dotant des moyens technologiques et de l’encadrement militaire propres à accroître le contrôle de leur territoire. Il s’agit en définitive de lutter contre la constitution d’un espace tampon ou zone grise échappant à tout contrôle.

Les exemples pour élucider ce que nous venons de démontrer ne maquent pas. Chaque jour qui passe apporte son lot d’actualité nous confortant dans nos convictions, tout en donnant du relief à cette réalité amère : celle de la probable déconfiture régionale due principalement à la fragilité structurelle des pays de l’arc sahélien et à leur appartenance à un ensemble géopolitique instable et hautement crisogène, ce qui ne manque certainement pas de se répercuter sur la sécurité internationale.

Ainsi, le 22 juillet 2007, le Premier ministre nigérien, Seyni Oumarou, effectue un voyage éclair à Alger pour solliciter le soutien du Président algérien  Abdelaziz Bouteflika dans le cadre de la lutte que le gouvernement du Niger mène contre les «rebelles» du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ) pour prévenir une «connexion» des mouvements touaregs du Niger avec ceux du Mali et de l'Algérie.

Dans le même le contexte, une autre commission mixte de sécurité algéro-malienne dans le domaine particulièrement sensible de la stabilité et la sécurité de la région a été mise en place pour  renforcer les mesures de sécurité le long de la frontière algéro-malienne et ce à travers des échanges d’expériences et de visites entre les services de sécurité des deux pays dans divers domaines et  les échanges d’information et de rencontres bilatérales entre services de sécurité pour lutter contre le développement du phénomène de l’immigration clandestine et les réseaux de passeurs d’immigrants clandestins et de traite d’êtres humains.

Ceci montre bel et bien que le risque est là, et que les prémices d’un embrasement de la région sont présentes. Le premier enseignement à tirer n’est autre que la nécessité de mise en place des mécanismes de coopération entre les pays du sahel d‘une part et entre ceux de l’Afrique du Nord et de la communauté internationale d’autre part pour la lutte contre le terrorisme et toute les formes de criminalité qui peuvent surgir de l’arc sahélien. Pour ce, on ne peut faire cavalier seul, la stabilité de la région est intimement liée à une politique concertée de lutte contre le terrorisme et à une coopération régionale pour contrer tous les dangers qui proviennent du couloir sahélien. Le deuxième enseignement ne peut être que le respect de l’intégrité territoriale des Etats. En termes stratégiques ;  l’on ne peut soutenir un pays dans sa quête de son unité tout en encourageant en même temps l’éclatement des territoires des autres. En allumant le feu du séparatisme dans un pays voisin, on risque fortement de voir ces mêmes vents souffler sur son territoire. Le troisième enseignement est la nécessité de la mise en place de programmes d’aides humanitaires et économiques pour les pays du sahel dans le but de réduire les inégalités sociales et combattre la pauvreté et le chômage qui y sévissent. Une attention toute particulière devrait être portée aux conditions difficiles des populations habituées à la transhumance dans cet espace sahélien.
Ainsi, la coopération, l’entraide et les actions concertées pour combattre le terrorisme et juguler les risques qui proviennent du sahel sont les mots d’ordre qu’il faut mettre en action afin d’assurer la paix dans la région et épargner les pays voisins le lourd tribut économique des conflits et contribuer à la sécurité internationale.
C’est à l’aune d’une prise de conscience collective du destin commun et de l’intérêt régional que l’on peut asseoir les bases d’une stabilité durable et réduire les germes des conflits qui couvent dans ce couloir de tous les dangers.

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