Depuis l’arrivée du président Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie connait une véritable crise politique, économique et sociale.
Pour les observateurs de la scène politique maghrébine, on assiste à la mise en place d’une véritable machine de désinformation actionnée par le pouvoir algérien. Alors que le régime du président Abdelmadjid Tebboune s’apprête à décréter l’état d’urgence et à brandir la mobilisation générale face à un ennemi potentiel, pour se maintenir au-delà des limites des mandats présidentiels fixées par la Constitution, l’analyse des discours officiels et des médias algériens révèlent une stratégie éprouvée : la fabrication d’une menace existentielle permanente pour légitimer un système autoritaire et rentier. Cet encerclement hostile, imaginaire, s’articule autour de quatre figures de proue.
1. La « Main de l’étranger » : le logiciel de la diversion
Concept central de la propagande d’État, la « main de l’étranger » (Al-Yad Al-Khafiyya) est systématiquement agitée lors de chaque crise interne. Qu’il s’agisse des revendications démocratiques du Hirak, de vagues d’incendies ou de pénuries alimentaires, le pouvoir rejette la responsabilité sur des officines occultes. Cette rhétorique permet de disqualifier toute opposition citoyenne ou syndicale en la faisant passer pour une entreprise de trahison nationale téléguidée depuis l’extérieur.
2. Le Maroc : le rival existentiel devenu paratonnerre
Autour du Sahara occidental, le régime d’Alger a érigé le voisin marocain en ennemi absolu. Le discours officiel criminalise toute relation avec Rabat et transforme le Royaume en responsable de tous les maux de la société algérienne. Ce nationalisme exacerbé sert de paratonnerre pour détourner le regard de la jeunesse algérienne des failles de la gouvernance intérieure, du chômage et de l’inflation.
3. L’axe « Paris-Tel-Aviv-Washington » et les minorités régionales
Pour cimenter l’union sacrée, la propagande algérienne recourt fréquemment à la théorie du complot « sioniste » et impérialiste, associant la France (l’ancienne puissance coloniale) et Israël à des plans de déstabilisation. Cette paranoïa d’État s’étend à l’intérieur des frontières : le pouvoir désigne les mouvements autonomistes régionaux, notamment en Kabylie (comme le MAK), comme des menaces terroristes démesurées. Diviser pour régner et agiter le spectre de la partition du pays permet de justifier la militarisation de l’espace public.
4. Les Émirats arabes unis : le nouveau « chef d’orchestre » du complot
Dernière mise à jour de cette machine de désinformation, les Émirats arabes unis (EAU) sont devenus la cible privilégiée du pouvoir, menant à une rupture diplomatique consommée. Abu Dhabi est désormais dépeint comme le banquier et le cerveau des complots visant à isoler l’Algérie, notamment au Sahel ou lors du rejet de la candidature algérienne aux BRICS. En ciblant la puissance financière émiratie, le régime tente de masquer ses propres échecs diplomatiques et d’attaquer un modèle de développement économique ouvert qui contraste cruellement avec son propre système.
En définitive, la construction de ces ennemis imaginaires remplit une fonction vitale pour le commandement militaire et civil algérien. En maintenant la population dans la peur d’une « guerre hybride » imminente, le pouvoir légitime des budgets militaires abyssaux, verrouille l’espace médiatique et internet, et repousse indéfiniment toute transition démocratique réelle. La désignation de l’ennemi n’est pas une réponse à une menace sécuritaire, mais un outil de conservation du pouvoir au-delà de toute légitimité constitutionnelle.
