Afrique du Sud : Ramaphosa se prépare à une possible exclusion de l’accord commercial américain Agoa

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a averti lundi que son pays devait anticiper une éventuelle exclusion de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa), un dispositif commercial préférentiel liant les Etats-Unis à la majorité des pays africains. Cette perspective intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Washington et Pretoria, l’administration américaine accusant l’Afrique du Sud de prétendues persécutions contre les Afrikaners, descendants des colons européens.

Renouvelé en septembre par le Congrès américain, l’Agoa permet aux pays bénéficiaires d’exporter certains produits vers les États-Unis en bénéficiant d’exemptions douanières. Ce mécanisme, dont l’Afrique du Sud est le principal bénéficiaire, ne supprime toutefois pas les nouvelles surtaxes imposées par l’administration Trump.

« Le Congrès a décidé que nous devions rester dans l’Agoa, mais la décision finale revient désormais au pouvoir exécutif », a expliqué Cyril Ramaphosa lors d’un point de presse, en réponse à une question de l’AFP. Le chef de l’Etat a souligné que son gouvernement poursuivait les discussions avec Washington, tout en préparant le pays à une éventuelle rupture.

« Ce serait dévastateur pour nous, compte tenu du nombre d’emplois en jeu », a-t-il reconnu, précisant que les autorités étudiaient déjà les conséquences d’une exclusion ainsi que les solutions alternatives. Pretoria entend également renforcer ses relations commerciales avec d’autres régions du monde.

Les tensions bilatérales se sont accentuées depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. A la mi-septembre, Washington a annoncé des restrictions de visas visant des responsables sud-africains, dans un climat marqué par les accusations américaines concernant le traitement des Afrikaners.

Selon les données disponibles au 30 septembre, les États-Unis avaient accueilli 16.287 Sud-Africains en un an dans le cadre d’un programme de relocalisation. À l’exception de cinq Afghans, ils constituent les seuls bénéficiaires du statut de réfugié accordé par Washington dans ce cadre.

L’Agoa représente un enjeu économique majeur pour Pretoria, notamment dans les secteurs automobile et agricole, en particulier celui des agrumes. En 2025, l’organisation patronale automobile sud-africaine Naamsa estimait à 86.000 le nombre d’emplois directement liés à ce dispositif dans l’industrie automobile, un chiffre qui atteint 125.000 en incluant les sous-traitants.

La décision américaine pourrait donc avoir des répercussions importantes sur les exportations sud-africaines et sur l’emploi. Washington doit notifier au Congrès et au pays concerné un préavis de 60 jours avant toute exclusion. Pour une entrée en vigueur au 1er janvier, l’annonce doit intervenir avant le 2 novembre. En 2023, l’administration de Joe Biden avait ainsi retiré l’éligibilité à quatre pays africains : la Centrafrique, le Gabon, le Niger et l’Ouganda, avec effet au 1er janvier 2024.