Douze ans après la division de facto de la Libye entre deux pouvoirs rivaux, les Etats-Unis intensifient leurs efforts pour rapprocher les autorités de l’Est et de l’Ouest. A la manœuvre, Massad Boulos, conseiller du président américain Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, multiplie depuis près d’un an les rencontres avec les principaux acteurs politiques, militaires et économiques libyens. Une démarche qui suscite autant d’espoirs que de réserves.
La semaine dernière, l’émissaire américain s’est entretenu avec le Premier ministre du Gouvernement d’unité nationale, Abdelhamid Dbeibah, basé à Tripoli, ainsi qu’avec le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’Est libyen. Son objectif affiché est de favoriser un dialogue entre les deux camps afin de mettre fin à une fracture politique qui perdure depuis 2014, dans le sillage de la chute du régime de Mouammar Kadhafi.
Massad Boulos reste discret sur les contours de son initiative. Toutefois, plusieurs médias et sources diplomatiques évoquent un compromis qui permettrait à Abdelhamid Dbeibah de conserver la tête du gouvernement, tandis que Saddam Haftar, fils du maréchal Khalifa Haftar, prendrait la présidence du Conseil présidentiel. L’émissaire américain s’est refusé à confirmer ces informations, estimant que ces choix relèvent des seuls Libyens.
L’initiative a reçu un accueil favorable des forces de l’Est, qui ont salué en juin un plan jugé « réaliste » et distinct des précédentes tentatives de médiation. Cette position contrastait avec la feuille de route annoncée le même jour par trois institutions libyennes, prévoyant l’organisation d’élections présidentielle et législatives d’ici au 17 février 2027.
Si Massad Boulos affirme que son projet est pleinement complémentaire aux efforts des Nations unies, plusieurs observateurs redoutent qu’un accord conclu entre les principaux centres de pouvoir ne repousse une nouvelle fois la tenue d’élections attendues depuis plusieurs années.
Au-delà de l’enjeu politique, Washington voit dans une Libye stabilisée un important potentiel économique. Les Etats-Unis encouragent leurs compagnies pétrolières à investir dans le pays, dont la production pourrait, selon Massad Boulos, atteindre trois millions de barils par jour d’ici la fin de la décennie.
Les autorités américaines mettent également en avant plusieurs avancées récentes, notamment l’adoption d’un budget unifié, des exercices militaires conjoints sous l’égide de l’Africom et la multiplication des contacts entre responsables des deux camps. Dernier signe de ce rapprochement, Saddam Haftar a été reçu à Washington par le secrétaire d’Etat Marco Rubio, tandis que le vice-ministre de la Défense du gouvernement de Tripoli, Abdel Salam al-Zoubi, s’est entretenu avec des responsables du commandement américain pour l’Afrique.
Pour Khaled al-Montasser, professeur de relations internationales, l’approche américaine présente l’avantage de s’appuyer sur les acteurs qui exercent un contrôle réel sur le terrain. Selon lui, toute solution durable en Libye passe nécessairement par un accord entre les forces qui détiennent effectivement le pouvoir.
