L’ONU : Des experts mettent en cause la Tunisie dans de graves violations visant des migrants

Des experts indépendants des Nations Unies ont exprimé, jeudi, leur profonde inquiétude face aux informations faisant état de graves violations des droits humains commises contre des milliers de migrants d’Afrique subsaharienne, pointant particulièrement le rôle présumé des forces de sécurité tunisiennes à la frontière avec la Libye.

Dans un communiqué, les 14 experts mandatés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU indiquent avoir reçu des informations selon lesquelles plus de 7.400 migrants, réfugiés et demandeurs d’asile auraient été victimes, depuis au moins juin 2023, de détentions arbitraires, d’expulsions collectives et de réseaux de traite d’êtres humains opérant entre la Tunisie et la Libye.

Selon les experts, les témoignages recueillis mettent directement en cause des membres des forces de sécurité tunisiennes, accusés d’avoir participé à ces opérations, aux côtés d’acteurs étatiques et non étatiques libyens. Les migrants auraient été battus, intimidés et soumis à des mauvais traitements par des agents en uniforme utilisant notamment des tasers, des barres de fer, des chiens et des menaces à l’arme à feu.

Les experts dénoncent également des fouilles répétées, des humiliations, la confiscation des téléphones et des documents d’identité, ainsi qu’un accès limité à la nourriture et aux soins médicaux. Les allégations font aussi état de viols et d’autres formes de violences physiques graves.

Selon les informations recueillies, certaines victimes auraient ensuite été transférées à travers la frontière tuniso-libyenne en échange d’argent, de carburant, de haschisch ou d’autres contreparties, avant d’être soumises à diverses formes d’exploitation, notamment le travail forcé, l’exploitation sexuelle, l’esclavage sexuel ou les enlèvements contre rançon.

Estimant que ces allégations pourraient constituer de graves violations du droit international des droits de l’homme, les experts demandent à la Tunisie et à la Libye d’ouvrir sans délai des enquêtes indépendantes, impartiales et efficaces et de garantir aux victimes un accès effectif à la justice. Ils précisent avoir officiellement saisi les autorités des deux pays afin d’obtenir des éclaircissements sur ces accusations.