Alger : Ibtissem Hamlaoui, cible de toutes les colères quand une femme devient le symbole de tous les maux de l’Algérie (les diplomates)

Le terrible incendie qui a frappé, dans la nuit du 15 au 16 juillet 2026, l’établissement de l’enfance assistée de Mohammadia constitue l’un des drames les plus douloureux qu’ait connus l’Algérie ces dernières années. Onze enfants ont perdu la vie et plusieurs personnes ont été blessées. Face à une telle tragédie, la priorité doit rester le recueillement, le soutien aux victimes et l’établissement des faits par une enquête rigoureuse.

Pourtant, avant même que les conclusions d’une quelconque enquête ne soient connues, certains commentateurs et opposants installés à l’étranger ont rapidement désigné une responsable idéale : le médecin Ibtissem Hamlaoui.

Depuis plusieurs années, la présidente du Croissant-Rouge algérien est devenue, pour ses détracteurs, la personnification de toutes les défaillances du système algérien. Incendies, difficultés économiques, critiques contre les institutions, dysfonctionnements administratifs ou controverses politiques : son nom est régulièrement cité, parfois sans qu’un lien direct avec les faits ne soit établi.

Cette personnalisation extrême des critiques interroge. Une organisation humanitaire, aussi importante soit-elle, ne peut être tenue pour seule responsable de problèmes structurels qui relèvent de multiples institutions civiles et militaires.

Certains influenceurs et créateurs de contenus diffusent des vidéos mettant en avant de nombreuses accusations concernant la gestion du Croissant-Rouge algérien. Ils évoquent notamment des témoignages, des révélations de lanceurs d’alerte ou encore des allégations de mauvaise gouvernance. Ces affirmations existent dans le débat public, mais elles demeurent des accusations dont plusieurs n’ont pas été établies par des décisions de justice. Dans un Etat de droit, chacun bénéficie de la présomption d’innocence.

Les mêmes voix associent souvent ces critiques à d’autres sujets d’actualité : le black-out électrique ayant touché l’Algérie, les débats sur la gouvernance, les déclarations du président Abdelmadjid Tebboune, ou encore le cas du journaliste français Christophe Gleizes. Ces événements, bien que relevant de problématiques distinctes, sont parfois regroupés dans un même récit présentant Ibtissem Hamlaoui comme l’un des symboles d’un système contesté.

Pour les services politiques occidentaux des chancelleries diplomatiques à Alger, une telle approche comporte toutefois un risque : celui de transformer une personne en bouc émissaire. La critique des institutions est légitime dans toute société. En revanche, attribuer à une seule personnalité la responsabilité de l’ensemble des difficultés d’un pays ne contribue ni à la compréhension des enjeux ni à la recherche de solutions.

Dans une période où les réseaux sociaux favorisent les jugements instantanés, il est essentiel de distinguer les faits, les hypothèses et les opinions. Faire d’Ibtissem Hamlaoui la responsable systématique de toutes les crises que traverse l’Algérie, relève davantage du palais d’el Mouradia ou de l’institution militaire du général Saïd Chengriha.

La justice, les enquêtes officielles et les faits vérifiés doivent rester les seuls fondements juridiques sur lesquels il est possible d’établir des responsabilités.