L’annonce du président algérien Abdelmadjid Tebboune de vouloir rétablir l’application de la peine de mort contre les auteurs d’incendies criminels suscite des interrogations au-delà de la seule lutte contre les feux de forêt. En Kabylie, où plusieurs incendies meurtriers ont été enregistrés ces dernières années, cette décision fait notamment craindre à certains observateurs qu’un durcissement de la législation puisse être utilisé contre des opposants et des militants indépendantistes.
L’Algérie observe depuis 1993 un moratoire sur les exécutions capitales. Dimanche 30 août, lors d’une réunion consacrée aux incendies, Tebboune a pourtant demandé au ministre de la Justice de préparer, avant le 15 septembre, une modification du Code pénal afin de permettre la condamnation à mort des personnes reconnues coupables d’avoir provoqué volontairement des feux.
« On réinstaure la condamnation à mort pour les pyromanes », a déclaré le chef de l’Etat, précisant que les exécutions pourraient intervenir après l’épuisement de toutes les voies de recours.
Si le gouvernement présente cette mesure comme une réponse aux incendies meurtriers qui ont frappé notamment Béjaïa, Jijel et Tizi-Ouzou, son annonce intervient dans un contexte politique marqué par de fortes tensions entre les autorités et certains mouvements kabyles.
La crainte exprimée par des opposants et des défenseurs des droits humains est que l’élargissement des peines encourues puisse, à terme, favoriser une interprétation extensive des accusations liées aux incendies ou à des actes considérés comme portant atteinte à la sécurité de l’Etat. Une telle évolution pourrait exposer davantage certains militants kabyles à des poursuites particulièrement lourdes.
La décision intervient alors que les autorités font état d’au moins 12 morts dans les incendies ayant touché plusieurs régions du nord et de l’est du pays. Des sources locales avancent cependant un bilan plus élevé dépassant les centaines de morts et de blessés, tandis que le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudène, avait évoqué un bilan « très lourd » sans fournir de chiffre précis.
Plusieurs personnes soupçonnées d’avoir volontairement provoqué des incendies ont été interpellées, selon les autorités algériennes. Ces arrestations suscitent des inquiétudes, et certaines voix dénoncent des interpellations arbitraires et s’interrogent sur la légalité de ces opérations.
Derrière la promesse de sanctionner les pyromanes, le projet de rétablissement de la peine capitale ouvre un débat plus large sur les libertés publiques et le risque de l’utilisation répressive d’une législation pénale considérablement durcie en Algérie.
Algérie : La peine de mort annoncée par Tebboune, une mesure qui menace les Kabyles
