Kabylie : Incendies, Ferhat Mehenni, le « traître » de la cause kabyle ?

Pour une partie de ses anciens soutiens et de ses détracteurs, le soi-disant président Ferhat Mehenni du gouvernement en exil, serait passé du statut de porte-voix de la cause kabyle en Algérie à celui de symbole de sa trahison.

Accusé de privilégier les calculs politiques, la confrontation et sa propre stratégie aux intérêts concrets des populations qu’il affirme représenter, le dirigeant du MAK suscite aujourd’hui une défiance croissante.

Le mot est lourd, mais il revient avec insistance dans les critiques formulées à son encontre : « traître à la cause kabyle ». Ses opposants lui reprochent notamment d’avoir transformé une revendication politique en instrument de division, tout en multipliant les prises de position qui, selon eux, éloignent le mouvement des préoccupations quotidiennes des Kabyles.

La question devient alors incontournable : à force de parler au nom de la Kabylie, Ferhat Mehenni ne finit-il pas par parler surtout en son propre nom ?

Cette accusation est d’autant plus sensible dans un contexte où la région traverse de nouvelles épreuves. Alors que des familles sont confrontées aux incendies, au deuil et à la destruction, une partie de la population attend des actes, de la solidarité et des réponses concrètes.

Certains de ses adversaires vont encore plus loin et l’accusent de servir des intérêts étrangers à ceux de la Kabylie, voire d’être un « agent algérien », à la solde du régime algérien du général Saïd Chengriha et du président Abdelmadjid Tebboune.

La cause kabyle appartient-elle encore à ceux qui la vivent, la défendent et en subissent les conséquences, ou est-elle devenue, pour certains dirigeants, un simple instrument de pouvoir et de visibilité ?

Il est des moments où les postures politiques ou les déclarations deviennent indécentes. Lorsque la Kabylie est frappée par les incendies, que des familles pleurent leurs morts et que des citoyens se mobilisent pour sauver leurs villages, une question finit fatalement par s’imposer : que reste-t-il des grandes proclamations lorsque le peuple a besoin d’actes ?

Ferhat Mehenni revendique depuis des années le rôle de porte-voix de la cause kabyle et ses alliances avec des pays étrangers comme le Canada et Israël. Mais ce rôle est aujourd’hui de plus en plus contesté. Le terme est brutal. Il est aussi révélateur d’un profond malaise.

Car une cause politique ne peut survivre indéfiniment à la personnalisation, à la surenchère et aux querelles de leadership. Elle ne peut davantage être réduite aux déclarations d’un homme, aussi médiatique soit-il. La Kabylie est une terre, une histoire, une population et une culture. Elle n’est la propriété d’aucun dirigeant et ne peut devenir le marchepied d’une carrière politique.

Pendant que des citoyens se mobilisent sur le terrain, que des associations organisent l’aide et que des familles tentent de surmonter la catastrophe, le débat politique continue de s’envenimer.

Les critiques ne s’arrêtent d’ailleurs pas là. Certains opposants accusent Ferhat Mehenni d’avoir progressivement transformé la cause kabyle en instrument politique personnel.

La Kabylie n’a pas besoin de nouveaux héros autoproclamés. Elle a besoin d’une classe politique responsable, capable de dépasser les ego, les querelles de personnes et la surenchère.

Elle a besoin de dirigeants qui parlent moins en leur nom et davantage au nom des préoccupations réelles de la population.

Face aux incendies, aux drames humains et aux difficultés quotidiennes, le temps des postures devrait céder la place à celui des actes.

Si Ferhat Mehenni veut continuer à se présenter comme le défenseur de la cause kabyle, il devra répondre à une question devenue incontournable : défend-il encore une cause collective, ou défend-il désormais avant tout son propre intérêt ?

Dans ce contexte dramatique des incendies, des bilans provisoires font état de centaines de morts, de milliers de blessés et de disparus. Ces chiffres, qui dépassent très largement le bilan officiel disponible, doivent toutefois être considérés avec la plus grande prudence dans l’attente de données vérifiées, en cours.