Le dialogue national organisé en Ethiopie s’est conclu par une proposition susceptible de bouleverser l’équilibre institutionnel du pays. Les quelque 4.000 délégués réunis à Addis-Abeba ont approuvé à une large majorité la fusion des fonctions de Premier ministre et de président, ouvrant la voie à la création d’une présidence exécutive.
Le projet, qui pourrait être examiné par le Parlement dès octobre, renforcerait considérablement les pouvoirs de l’actuel Premier ministre, Abiy Ahmed, au pouvoir depuis 2018. Son Parti de la prospérité a remporté plus de 90% des sièges lors des législatives de juin, dans un contexte marqué par les restrictions visant l’opposition et les médias.
L’initiative, promise depuis plusieurs années, devait permettre de débattre des profondes fractures qui traversent l’Ethiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique. Les participants ont notamment abordé les tensions ethniques, les conflits armés et la question controversée du statut d’Addis-Abeba, revendiquée par la région d’Oromia qui l’entoure.
Si le projet institutionnel aboutit, le futur président sera désigné par un Parlement largement acquis au camp d’Abiy Ahmed, faisant de ce dernier le principal favori pour occuper cette nouvelle fonction. Pour Tiglu Melese, secrétaire général de la chambre haute, cette réforme pourrait contribuer à bâtir « un pays plus unifié ».
Ses détracteurs redoutent toutefois une concentration excessive du pouvoir. L’analyste politique Befekadu Hailu estime que le nouveau système pourrait « concentrer le pouvoir entre les mains d’un seul individu », évoquant le précédent turc de Recep Tayyip Erdogan.
Le dialogue national n’a par ailleurs pas convaincu toute la classe politique. Plusieurs partis d’opposition ont boycotté les discussions, tandis que les groupes armés en ont été exclus. Le pays reste confronté à des insurrections en Oromia et en Amhara, tandis que les tensions persistantes au Tigré font craindre une reprise du conflit qui a ravagé la région entre 2020 et 2022.
Les opposants jugent ainsi que les recommandations adoptées ne suffisent pas à garantir une paix durable et une gouvernance démocratique. Ils appellent à des négociations associant le gouvernement, les groupes armés et l’opposition.
Malgré ces critiques, certains participants considèrent le processus comme une avancée, notamment parce qu’il a permis de réunir des acteurs aux visions divergentes autour de l’avenir de l’État éthiopien.
Ethiopie : Le dialogue national ouvre la voie à une présidence exécutive renforçant le pouvoir d’Abiy Ahmed
