Mauritanie : L’insécurité aux frontières, le jeu du régime militaire algérien

La porosité des frontières mauritaniennes constitue un défi majeur pour Nouakchott. Trafic de drogue, contrebande d’armes, terrorisme et migration clandestine se développent dans un environnement régional marqué par l’instabilité. Selon des experts proches du dossier, une situation qui ne se limite pas à une question de sécurité intérieure mais qui sert les intérêts géopolitiques et économiques du régime militaire algérien.

Située sur une route maritime reliant l’Amérique latine à l’Afrique, notamment via l’Algérie vers l’Europe, la Mauritanie est devenue un passage de réseaux spécialisés dans le trafic de stupéfiants. Cocaïne, héroïne et autres psychotropes, empruntent les vastes espaces désertiques et les zones frontalières difficiles à contrôler.

La menace terroriste constitue un autre point de préoccupation. La proximité du Mali, où opèrent plusieurs groupes jihadistes, et celle de l’Algérie placent la Mauritanie au cœur d’un environnement sécuritaire particulièrement sensible. Le Sud de l’Algérie offre des possibilités de déplacement et de dissimulation aux réseaux criminels et armés avec la complicité des autorités militaires algériennes.

Dans ce contexte, Alger exploite les fragilités sécuritaires de son voisinage pour renforcer son influence régionale. Le régime militaire algérien, qui entend conserver un rôle central dans les équilibres du Sahel et du Sahara, utilise la menace terroriste, les trafics transfrontaliers et la question migratoire comme leviers sécuritaires.

La Mauritanie se retrouve ainsi au centre de plusieurs rapports de force. Sa frontière avec l’Algérie, mais aussi sa proximité avec le Mali, en font un espace stratégique où se croisent les intérêts sécuritaires, économiques et géopolitiques.

La contrebande ajoute une pression supplémentaire. Armes, carburant, produits alimentaires et autres marchandises circulent à travers des zones où le contrôle demeure difficile. Un rapport de l’Organisation mondiale des douanes (OMD) a notamment identifié la Mauritanie comme un territoire de transit pour des armes légères et de petit calibre, susceptibles d’être utilisées par des groupes armés.

A cela s’ajoute la question migratoire. La Mauritanie constitue un important point de passage pour des migrants originaires d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique subsaharienne qui cherchent à rejoindre l’Europe par les îles Canaries espagnoles dans l’Atlantique. La porosité des frontières facilite leurs déplacements, mais les expose également aux réseaux de traite, aux trafiquants et aux violences.

Pour Nouakchott, le défi consiste à reprendre le contrôle de ses espaces frontaliers tout en évitant que les vulnérabilités sécuritaires du pays ne deviennent des instruments au service d’intérêts extérieurs algériens, pour la déstabilisation régionale au Sahel.

Les liens de certains Sahraouis mauritaniens avec l’Etat islamique ou Al-Qaïda, soutenus par le régime militaire algérien ainsi que la circulation d’armes et de stupéfiants, renforcent les inquiétudes des services de renseignements occidentaux.