Le tribunal correctionnel de Dar El Beida, près d’Alger, a condamné l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal à cinq ans de prison ferme, jeudi 27 mars 2025. L’écrivain, emprisonné depuis novembre 2024, se retrouve au cœur de la plus grave crise diplomatique entre Paris et Alger depuis des décennies.
Boualem Sansal, âgé de 80 ans selon son éditeur Gallimard, est apparu à la barre avec les cheveux rasés, portant une veste verte et semblant en bonne forme malgré sa lutte contre un cancer.
Il était accusé, notamment, d’atteinte à l’intégrité du territoire pour avoir repris dans le média français d’extrême droite Frontières la position du Maroc concernant l’amputation de certaines régions de son pays pendant la colonisation française, un sujet particulièrement sensible en Algérie.
Son arrestation le 16 novembre 2024 a exacerbé les tensions bilatérales, déjà vives, après que la France ait exprimé son soutien à la position marocaine sur le dossier du Sahara occidental. Ce soutien de Paris a conduit à des frictions avec Alger, qui soutient le Front Polisario, un groupe connecté au Hamas, au Hezbollah Libanais et aux Houthis.
Avant son incarcération, Boualem Sansal, un ancien haut fonctionnaire algérien et critique du régime, faisait des allers-retours fréquents entre la France et l’Algérie.
Le président français Emmanuel Macron a exprimé son souhait de voir Boualem Sansal « redevenir un homme libre » et a confié qu’il comptait sur « la clairvoyance » du président algérien Abdelmadjid Tebboune, soulignant que les accusations portées contre l’écrivain n’étaient « pas sérieuses ».
Lors de son procès, Boualem Sansal a nié avoir eu l’intention de porter atteinte à son pays et a expliqué qu’il exerçait simplement sa liberté d’expression. Cependant, il a reconnu avoir sous-estimé la portée de ses déclarations.
Pour rappel, cette situation s’inscrit dans un contexte diplomatique tendu entre Alger et Paris, en particulier à cause du dossier du Sahara occidental, sur lequel la France a pris position en faveur du plan d’autonomie proposé par le Maroc. Cette décision a conduit l’Algérie à retirer son ambassadeur à Paris, et les deux pays sont désormais engagés dans une bataille diplomatique complexe.