Côte d’Ivoire : Le tambour sacré « Djidji Ayôkwé » restitué par la France

Après plus d’un siècle d’exil, le tambour parleur « Djidji Ayôkwé », objet sacré de la communauté Ebrié en Côte d’Ivoire, est arrivé vendredi à Abidjan. Volé par les autorités coloniales françaises en 1916, cet emblème culturel retrouve ainsi son pays d’origine, suscitant une vive émotion parmi la communauté.

La restitution officielle avait eu lieu le 20 février dernier à Paris, suite au vote d’une loi spécifique et dans le cadre du processus initié en 2017 par la France pour restituer des œuvres patrimoniales africaines. Long de trois mètres et pesant 430 kg en bois d’iroko, le tambour a été transporté dans une caisse spécialement affrétée.

A l’aéroport international d’Abidjan, le retour du « Djidji Ayôkwé » a été célébré dans une ambiance festive. Plusieurs dizaines de membres de la communauté Ebrié ont accompagné l’arrivée par des chants et des danses rythmés au tamtam, marquant un moment symbolique et solennel.

La ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, a exprimé sa joie lors de la réception. « C’est un jour historique et je ressens une profonde émotion », a-t-elle déclaré. « Nous vivons un moment de justice et de mémoire qui marque enfin le retour du Djidji Ayôkwé sur sa terre d’origine », s’est-elle félicitée.

Pour des raisons de conservation, le tambour sera d’abord placé dans un espace sécurisé pour son acclimatation, avant une présentation officielle dont la date reste à déterminer. Il rejoindra ensuite le musée des civilisations de Côte d’Ivoire, à Abidjan, récemment rénové pour accueillir cet objet patrimonial exceptionnel.

Objet central de l’art et de la culture Ebrié, le « Djidji Ayôkwé » avait autrefois pour fonctions de prévenir les dangers, de mobiliser pour la guerre ou de convoquer les villages lors de cérémonies importantes. Saisi en 1916 par les autorités coloniales, il avait été envoyé en France en 1929, d’abord exposé au musée du Trocadéro, puis au musée du Quai Branly.

Le retour du tambour constitue le premier aboutissement concret d’une demande de restitution de 148 œuvres patrimoniales que la Côte d’Ivoire réclame à la France et à d’autres pays, marquant un pas majeur dans la reconnaissance du patrimoine culturel africain.