Désinformation : L’offensive pro-Kremlin s’étend de l’Europe au Sahel selon ISD/AFP

Les acteurs pro-Kremlin intensifient leurs efforts pour s’immiscer dans le débat démocratique à travers l’Europe et au-delà. Ceci est la conclusion d’une série d’enquêtes menées par l’Institut pour le Dialogue Stratégique (ISD) en collaboration avec l’Agence France-Presse.

Le projet de 18 mois a révélé des tactiques exploitant une application faible des sanctions, les nouvelles technologies et des réseaux localisés pour diffuser de la désinformation, attiser les tensions sociales et miner la confiance dans les institutions démocratiques.

« Le fil conducteur que nous avons trouvé à travers ces enquêtes est l’adaptabilité », explique Zoe Manzi, analyste spécialiste de la haine et de l’extrémisme à l’ISD. « L’utilisation du même manuel stratégique que les acteurs utilisent pour blanchir les récits via des intermédiaires, et un système de distribution qui garantit que les récits trompeurs vont plus loin que les faits.  » Les enquêtes, qui couvrent six pays de l’UE ainsi que des nations du Sahel, montrent comment les opérations d’influence alignées sur la Russie ont considérablement évolué depuis l’invasion de l’Ukraine.

Plutôt que de reposer uniquement sur les médias officiels d’Etat, ces campagnes utilisent de plus en plus des sites web par procuration, des contenus générés par IA, des réseaux de bots et des influenceurs locaux pour contourner les restrictions et intégrer les récits du Kremlin dans les écosystèmes d’information nationaux.

Ensemble, ces résultats pointent vers une menace persistante et adaptative qui continue de toucher des millions de personnes malgré les sanctions européennes contre les médias d’Etat russes et les nouveaux cadres réglementaires visant à limiter l’ingérence étrangère.

L’ISD a également documenté comment des tactiques similaires sont déployées hors d’Europe, notamment dans l’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Suite au retrait progressif des forces françaises et de l’ONU entre 2022 et 2025, les trois pays se sont tournés vers la Russie pour obtenir un soutien militaire. « Je ne suis pas surprise que le Sahel soit ciblé par des récits pro-Kremlin », déclare Manzi.

« La Russie se bat pour son influence en Afrique depuis un certain temps déjà. Ce qui est plus surprenant, c’est la localisation des campagnes en termes de langue, de griefs et de différences politiques régionales. « L’enquête de l’ISD a révélé que des acteurs pro-Kremlin utilisent des influenceurs locaux, des journalistes et des militants de terrain pour promouvoir les récits russes dans les langues locales, les présentant comme des perspectives authentiques et non comme de la propagande étrangère.

Un casse-tête pour les décideurs : « Le problème ne va nulle part « . Ces résultats soulèvent de sérieuses questions quant à l’efficacité des réponses politiques actuelles.

Les lacunes techniques, juridiques et politiques dans l’application des sanctions, ainsi que la conformité inégale des plateformes, continuent d’offrir des opportunités de manipulation étrangère de l’information. « Je pense que les décideurs devraient investir dans des infrastructures à plus long terme pour traiter cette question.