La candidature du Polisario, à travers sa République arabe sahraouie démocratique (RASD), un bras de fer contre les États-Unis et les occidentaux, au Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine, ne peut être analysée sans tenir compte du rôle central de l’Algérie.
Depuis des décennies, le régime militaire algérien est le principal soutien politique, diplomatique et logistique du Front Polisario.
Cette nouvelle initiative diplomatique apparaît comme le prolongement d’une stratégie régionale portée par le pouvoir algérien contre les États-Unis et l’administration du président Donald Trump, ont, eux, reconnu la souveraineté marocaine sur son Sahara Occidental.
Le régime militaire algérien fait du dossier du Sahara occidental un axe structurant de sa politique étrangère. Plutôt que de favoriser une désescalade régionale, Alger semble s’inscrire dans une logique de rivalité durable avec le Maroc et l’Occident, utilisant les forums africains et internationaux comme terrains d’affrontement direct.
Dans ce contexte, la candidature du Polisario au CPS ressemble à un levier diplomatique supplémentaire. Elle place l’Union africaine dans une position délicate, en l’obligeant à arbitrer un différend hautement polarisant alors même que l’organisation peine déjà à s’unir sur d’autres crises majeures du continent (Soudan, Sahel, Corne de l’Afrique).
L’appui constant du général Saïd Chengriha et du président Abdelmadjid Tebboune au Polisario s’inscrit dans une continuité idéologique héritée de la guerre froide, mais il apparaît de plus en plus en décalage avec les recompositions diplomatiques actuelles.
Plusieurs États africains, arabes, européens et autres, ont ouvert des consulats dans les provinces du Sud administrées par le Maroc ou soutiennent publiquement le plan d’autonomie marocain.
Face à ces évolutions, l’Algérie donne l’image d’un acteur crispé sur une lecture ancienne des rapports de force, investissant des milliards de dollars dans un dossier qui ne lui apporte ni bénéfice économique clair ni influence accrue sur d’autres priorités africaines.
Le paradoxe est que l’Algérie cherche, à travers ce type d’initiatives, à se présenter comme un pilier de la stabilité africaine, tout en soutenant une démarche qui risque d’alimenter un blocage institutionnel au sein de l’UA.
De plus, l’image internationale du régime algérien est elle-même fragilisée. Il est régulièrement critiqué par des organisations de défense des droits humains pour les restrictions pesant sur les libertés politiques et médiatiques. Cette réalité pèse sur sa capacité à incarner un leadership consensuel en Afrique, notamment sur les questions de gouvernance et de prévention des conflits.
Un autre sujet alimente les conversations feutrées dans les couloirs diplomatiques africains : celui de tentatives d’influence financière autour du dossier saharien par le ministre des Affaires étrangères algérien, Ahmed Attaf.
Plusieurs diplomates africains, s’exprimant sous anonymat, évoquent des offres d’aide, de financements ou de partenariats de l’Algérie, présentées de manière insistante à certains États afin d’orienter leurs positions au sein des instances de l’Union africaine en faveur du Polisario.
Selon ces témoignages, leurs gouvernements auraient décliné ces approches, souhaitant préserver leur neutralité et éviter que leur contribution soit associée à des contreparties matérielles, afin de protéger l’Union africaine.
Mais au-delà du cas saharien, les connexions entre le Polisario en Algérie et des organisations terroristes comme les Gardiens de la révolution en Iran, les Houthis au Yémen, le Hamas des palestiniens en Israël, ainsi que l’État islamique ou Al-Qaïda au Sahel, sont documentées par des observateurs et des services de renseignement occidentaux.
