Le groupe Dangote a confirmé que sa future mégaraffinerie d’Afrique de l’Est sera implantée à Lamu, sur la côte kényane, mettant ainsi un terme aux spéculations sur son emplacement. L’annonce a été faite par Edwin Devakumar, vice-président chargé du pétrole et du gaz chez Dangote Industries Limited.
Prévue pour traiter jusqu’à 700.000 barils de pétrole par jour, cette nouvelle installation devrait être construite en près de 30 mois. Elle viendra compléter la raffinerie géante inaugurée au Nigeria en 2024, d’une capacité actuelle de 650.000 barils quotidiens, que le groupe ambitionne de porter à 1,4 million de barils par jour d’ici 2028.
Le choix de Lamu, qui dispose d’un port en eaux profondes inauguré en 2021, intervient après plusieurs mois d’hésitations entre cette ville côtière, Mombasa et la Tanzanie, alimentant des tensions entre Nairobi et Dodoma.
Malgré cette avancée, le projet reste confronté à d’importantes incertitudes. Son financement n’est pas encore bouclé et l’approvisionnement en pétrole brut demeure le principal défi.
Le président kényan William Ruto avait indiqué en avril que la raffinerie pourrait être alimentée par les productions du Kenya, de la République démocratique du Congo (RDC), du Soudan du Sud et de l’Ouganda. Toutefois, ces perspectives restent limitées. La production pétrolière kenyane n’en est qu’à ses débuts, tandis que la RDC n’exploite encore qu’environ 20.000 barils par jour sur sa façade atlantique, à plusieurs milliers de kilomètres de Lamu.
Le Soudan du Sud produit davantage, avec environ 174.000 barils quotidiens, mais ses exportations transitent historiquement par le Soudan. Le projet d’oléoduc reliant ses champs pétrolifères au port de Lamu est à l’arrêt depuis plus de dix ans en raison de l’insécurité et de difficultés financières.
L’Ouganda apparaît comme la source d’approvisionnement la plus crédible à moyen terme, avec une production attendue à partir de 2027 grâce à l’oléoduc EACOP. Néanmoins, sa capacité de transport restera insuffisante pour alimenter seule la raffinerie, d’autant qu’une partie du brut sera destinée à une future raffinerie ougandaise.
Des interrogations persistent également sur les relations commerciales avec TotalEnergies, principal opérateur des gisements ougandais. Selon plusieurs analystes, l’absence de financement, les infrastructures à construire et les nombreuses négociations régionales pourraient repousser la concrétisation du projet de plusieurs années, voire de plusieurs décennies.
