Tunisie : L’affaire du « complot contre la sûreté de l’état »

La Cour de cassation tunisienne a commencé jeudi l’examen de l’affaire dite du « complot contre la sûreté de l’état », un dossier hautement sensible dans lequel plusieurs dizaines de personnalités politiques, opposants et avocats ont été condamnés à de lourdes peines de prison.
L’audience intervient après la confirmation, en novembre 2025, par la cour d’appel de Tunis, des condamnations prononcées contre les accusés. Certaines peines atteignent 45 ans de réclusion. Parmi les personnes détenues figurent notamment l’opposant et juriste Jawhar Ben Mbarek, l’ancien ministre Ghazi Chaouachi, l’ex-haut fonctionnaire Ridha Belhaj et la militante Chaïma Issa.
La tenue de cette audience a suscité de vives réactions dans les rangs de la défense. Plusieurs avocats ont dénoncé une convocation annoncée tardivement, estimant ne pas avoir disposé du temps nécessaire pour préparer leurs arguments dans un dossier aux importantes implications politiques.
Jeudi matin, une vingtaine de personnes se sont rassemblées devant le tribunal pour réclamer la libération des détenus. Des pancartes demandaient notamment la remise en liberté de l’opposant historique Ahmed Néjib Chebbi, de l’avocat Ayachi Hammami et du responsable du mouvement islamiste Ennahdha, Abdelhamid Jlassi.
L’avocate et opposante Dalila Msaddek, sœur de Jawhar Ben Mbarek, avait dénoncé une procédure qu’elle considère comme étant, depuis son lancement, « l’application flagrante d’instructions politiques ».
L’ONG Amnesty International a également appelé les autorités tunisiennes à annuler les condamnations et à libérer les personnes détenues. Elle estime que le dossier repose sur un « procès collectif » marqué par des violations des garanties d’un procès équitable et s’inquiète des conditions de détention, notamment face aux épisodes de fortes chaleurs.
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Kaïs Saïed, ses opposants dénoncent une dégradation des libertés publiques et de la situation des droits humains. Ils l’accusent notamment d’avoir progressivement concentré les pouvoirs entre ses mains et durci la répression à l’encontre de ses opposants.