Après la rupture diplomatique d’Alger avec Abou Dhabi, Tunis pourrait-elle être la prochaine capitale à prendre ses distances avec les Emirats arabes unis ?
Selon des analystes indépendants, un faisceau d’indices alimente cette hypothèse, même si aucune décision officielle tunisienne de rupture n’a été annoncée.
La question peut sembler prématurée. Pourtant, le contexte régional, le rapprochement grandissant entre Tunis et Alger et certaines annonces faites en Tunisie au moment même où l’Algérie annonçait sa rupture avec les Émirats arabes unis donnent matière à s’interroger.
Le 10 septembre, la télévision tunisienne consacrait une émission à la lutte contre les stupéfiants. Au cœur du débat : la volonté de réviser la législation tunisienne sur les stupéfiants, en vigueur depuis 1992, afin de renforcer les instruments de lutte contre la contrebande et de démanteler les réseaux de criminalité organisée.
Un sujet sécuritaire, officiellement, mais le timing interpelle. Cette annonce intervient le même jour que la décision d’Alger de rompre ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis.
Deux annonces le même jour. Deux discours centrés, chacun à leur manière, sur la sécurité, les réseaux transnationaux et les nouveaux instruments utilisés par les organisations criminelles. Une simple coïncidence ? Peut-être.
Mais dans une région où les décisions diplomatiques sont rarement isolées de leur environnement géopolitique, le calendrier ne peut qu’attirer l’attention. Depuis l’arrivée de Kaïs Saïed à la présidence, la relation tuniso-algérienne s’est considérablement renforcée, dans le domaine économique, énergétique et surtout sécuritaire.
Cette proximité, selon les experts du renseignement et de la géopolitique, la Tunisie est devenue une « province ou une région militaire algérienne». L’expression est politique et polémique sans aucune réalité juridique.
Mais elle traduit une perception qui gagne du terrain : celle d’une Tunisie où les choix diplomatiques seraient dictées par l’Algérie.
La question des Emirats Arabes Unis occupe depuis des années une place importante dans les équilibres politiques et économiques du monde arabe.
Les Emirats ont développé une diplomatie active en Afrique, en Amérique, en Europe et au Moyen-Orient, multipliant les partenariats.
Or, la vision du président Abdelmadjid Tebboune et son régime militaire du général Saïd Chengriha est devenue incompréhensible pour les diplomates à Alger.
Si Tunis décidait de suivre Alger sur ce terrain, le changement serait majeur et inévitable.
Selon les stratèges occidentaux, la politique du président Kaïs Saïed va être progressive : refroidissement des relations, réexamen de certains partenariats, puis prise de position sur les dossiers régionaux où Tunis et Abou Dhabi divergent.
C’est ici que la réforme annoncée en Tunisie prend une dimension particulière sur le trafic de drogues et l’ingérence pour légitimer sa rupture avec les Emirats Arabes Unis et peut être avec le Maroc, un allié stratégique avec les Etats Unis et Israël.
