Le Darfour traverse sa pire sécheresse depuis près de quatre décennies, une situation qui menace davantage les récoltes et aggrave la crise alimentaire dans cette région de l’ouest du Soudan, déjà durement frappée par la guerre.
« Le Darfour n’a pas connu une telle sécheresse depuis 1984 », a alerté lundi Carl Skau, directeur exécutif adjoint du Programme alimentaire mondial (PAM), après une visite effectuée dans la région durant la saison des pluies, entre juin et septembre. Selon lui, les populations rencontrées redoutent les conséquences du manque de précipitations sur l’agriculture et leurs moyens de subsistance.
Habituellement, les pluies saisonnières permettent aux vallées et aux cours d’eau du Darfour de se remplir, favorisant l’irrigation des terres agricoles et l’approvisionnement des populations. Cette année, la faiblesse des précipitations compromet toutefois la production agricole et les pâturages.
Les autorités et organisations locales signalent déjà une dégradation des conditions de vie et de nouveaux déplacements de populations. Dans le Darfour-Nord, la Cellule d’intervention d’urgence de Kutum évoque une crise qui s’intensifie en raison du déficit pluviométrique et de la raréfaction des pâturages.
Cette situation survient dans une région particulièrement vulnérable. Depuis avril 2023, le Soudan est plongé dans une guerre opposant l’armée aux Forces de soutien rapide (FSR), qui a fait plus de 200.000 morts selon les estimations citées et provoqué le déplacement de millions de personnes. Le Darfour, où vivent quelque 5,6 millions de déplacés, figure parmi les zones les plus durement touchées.
La sécheresse intervient alors que près de 20 millions de Soudanais font déjà face à une situation alimentaire critique. La baisse des précipitations, également observée dans certaines régions d’Afrique de l’Est et associée au phénomène El Niño, affecte par ailleurs les ressources en eau, notamment le niveau du Nil.
Déjà confronté à des tensions autour de l’accès à l’eau et aux terres, le Darfour voit ainsi s’accumuler les facteurs de vulnérabilité, faisant craindre une aggravation de la famine et une nouvelle détérioration des conditions humanitaires.
