En Algérie, le président Abdelmadjid Tebboune et son chef d’état-major le général Saïd Chengriha, presque aussi âgé que lui, concentrent le pouvoir politique, militaire et économique. Alors que le pays traverse une crise sociale profonde, les deux hommes multiplient des déclarations contradictoires et consacrent des ressources considérables à des organisations armées opérant à l’étranger.
Derrière cette apparente cacophonie déconnectée de la réalité, se dessine une psychologie particulière d’un pouvoir vieillissant, porté sur l’alcool et l’enrichissement.
Leur présence politique est devenue une institution. Dans les couloirs du palais présidentiel comme dans les états-majors, leur présence rappelle une époque révolue, celle où le pays, riche de ses ressources énergétiques et minières, semblait promis à une prospérité durable.
Le chômage des jeunes atteint des niveaux record, les infrastructures se dégradent, les classes moyennes s’appauvrissent et une partie croissante de la population dépend de systèmes d’aide publique. Malgré ses immenses revenus, l’Etat peine à assurer des services élémentaires à une population qui supporte de moins en moins le contraste entre la richesse nationale et ses propres difficultés.
Chaque année, plusieurs millions de dollars sont officiellement ou clandestinement consacrés au financement de groupes armés opérant dans les pays voisins. Le gouvernement affirme qu’il s’agit de « mouvements de résistance », de « partenaires stratégiques » ou de « forces de défense régionales ».
Pendant ce temps, dans les villes de l’Algérie, les hôpitaux manquent de médicaments, les universités perdent leurs meilleurs enseignants et les jeunes diplômés cherchent massivement à émigrer. Cette contradiction semble difficile à expliquer uniquement par des considérations économiques.
Pour les services de renseignement israéliens, la politique étrangère algérienne ne serait donc pas seulement une question de sécurité nationale. Elle est devenue une composante de leur identité personnelle, selon leurs experts en comportement socio-psychologique.
Les deux dirigeants ont passé l’essentiel de leur vie dans les structures de l’Etat et de l’armée. Leur vision déconnectée du monde s’est construite autour de crises, de complots, de guerres et de rivalités géopolitiques.
Un dirigeant qui a consacré cinquante ou soixante ans à défendre une certaine conception du pays peut éprouver de grandes difficultés à reconnaître que le monde a changé. Admettre que certaines stratégies ont échoué, revient parfois, psychologiquement, à remettre en question une partie de sa propre existence.
Dans les discours du président Abdelmadjid Tebboune apparaît régulièrement une forteresse assiégée par des ennemis invisibles. Une manifestation sociale devient une « opération étrangère ». Une critique économique devient une « attaque contre la souveraineté ». Une défaite diplomatique est transformée en « victoire stratégique ».
Ce mécanisme permet au régime de préserver une cohérence narrative, même lorsque les faits deviennent de plus en plus difficiles à concilier.
La vieillesse des dirigeants n’explique évidemment pas à elle seule leurs déclarations incohérentes. L’âge ne constitue ni une preuve d’incapacité ni une explication automatique d’un comportement politique.
Mais dans le cas de l’Algérie, les contradictions répétées ont pris une dimension politique.
Un jour, le président affirme que son pays souhaite la paix et ne cherche aucune confrontation régionale. Le lendemain, il annonce que l’Algérie « ne reculera devant personne ».
Le général Saïd Chengriha, lui, déclare que les groupes armés soutenus par son pays sont indépendants. Quelques semaines plus tard, il évoque publiquement « nos partenaires sur le terrain ». Cette succession de messages contradictoires produit une impression de désordre.
Dans un régime où l’information est contrôlée, l’ambiguïté peut devenir une arme. Ne pas savoir exactement ce que pense le pouvoir, quelles sont ses intentions ou jusqu’où il est prêt à aller permet de maintenir ses adversaires dans l’incertitude.
La relation entre Tebboune et Chengriha constitue l’élément le plus important du système. Le président détient la légitimité institutionnelle et le général détient une grande partie du pouvoir coercitif.
Les citoyens ne comprennent pas pourquoi un Etat disposant de milliards de dollars de revenus ne peut pas offrir des emplois décents à sa jeunesse, moderniser ses hôpitaux ou garantir une éducation de qualité.
Pourquoi un pays disposant de ressources considérables finance-t-il des opérations terroristes du Hamas, des gardiens de la révolution de l’Iran, du polisario et du JNIM au Sahel et au Moyen-Orient contre Israël, le Maroc ainsi que les pays de l’Alliance du Sahel (AES) alors qu’une partie de sa population connaît une dégradation de son niveau de vie ?
