Espagne et Italie : Deux réseaux de passeurs démantelés entre l’Algérie et l’Europe

Les polices espagnole et italienne ont annoncé le démantèlement de deux réseaux de trafic de migrants opérant entre l’Algérie et l’Europe, mettant en lumière l’essor de nouvelles routes clandestines en Méditerranée.

En Espagne, 78 personnes ont été interpellées, dont 27 placées en détention provisoire, dans le cadre du démantèlement d’une organisation criminelle active entre l’Algérie et la péninsule Ibérique. Quatre personnes présentées comme les dirigeants du réseau figurent parmi les suspects arrêtés.

Selon la police espagnole, les trafiquants utilisaient des embarcations rapides pour acheminer principalement de la MDMA de l’Espagne vers l’Algérie. Au retour, ces mêmes bateaux servaient au transport de migrants vers les côtes espagnoles et les îles Baléares.

L’enquête, ouverte en 2023 avec l’appui d’Europol et des polices française, portugaise et polonaise, a permis d’identifier 64 traversées ayant conduit près de 2.000 migrants en Espagne, pour des revenus estimés à plus de 24 millions d’euros.

Les conditions de voyage étaient particulièrement dangereuses. Les passagers, souvent privés de gilets de sauvetage, étaient entassés dans des bateaux de 8 à 14 mètres pouvant transporter jusqu’à 50 personnes. Certains auraient même été attachés pour éviter qu’ils ne tombent à l’eau. Le prix du passage pouvait atteindre 12.000 euros par migrant.

Les autorités ont saisi 18 embarcations, dont la valeur totale pourrait atteindre 5 millions d’euros. La police affirme avoir été confrontée à une forte résistance lors des opérations de saisie.

En Italie, huit ressortissants algériens ont parallèlement été placés en détention provisoire en Sardaigne pour leur implication présumée dans un autre réseau de migration clandestine. Parmi eux figurent trois passeurs et le chef présumé de l’organisation.

Baptisée « Phantom », l’enquête a permis d’établir au moins cinq traversées entre El Kala, dans le nord-est algérien, et le sud de la Sardaigne. Ces opérations auraient permis à 50 à 60 migrants, principalement algériens, de rejoindre l’Italie.

Les enquêteurs décrivent une organisation structurée entre trois pôles : le recrutement et la préparation des départs en Algérie, l’accueil et la fourniture de faux documents en Sardaigne, ainsi que le financement depuis la région de Marseille.

Le réseau envisageait également d’ouvrir une nouvelle liaison entre l’île tunisienne de La Galite et la Sardaigne, avec des embarcations rapides. Chaque migrant devait payer environ 2.500 euros, offrant aux trafiquants la perspective d’augmenter considérablement leurs bénéfices.