Soudan : L’ONU met en garde contre une extension de la famine

Des experts mandatés par les Nations unies ont alerté jeudi sur le risque d’extension de la famine à deux nouvelles zones de l’ouest du Soudan, à la suite de la prise d’El-Facher, capitale du Darfour-Nord. Cette chute a entraîné le déplacement de populations déjà en situation de grande précarité vers des régions voisines elles-mêmes fortement vulnérables.

Selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), organe onusien basé à Rome, les seuils critiques de la malnutrition aiguë ont été franchis dans les localités d’Oum Barou et de Kernoi, situées près de la frontière tchadienne. A Oum Barou, 18,1 % des enfants âgés de 6 mois à 5 ans souffrent de malnutrition aiguë sévère, tandis qu’à Kernoi, ce taux s’élève à 7,8 %.

Les experts attribuent cette dégradation rapide de la situation humanitaire à l’arrivée massive de civils ayant fui El-Facher, tombée fin octobre aux mains des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR). Cette ville constituait le dernier bastion de l’armée régulière dans la région du Darfour.

L’offensive, entachée de graves violations des droits humains, notamment des violences sexuelles, a provoqué le déplacement de plus de 127 000 personnes, selon les Nations unies. Cet afflux soudain exerce une pression accrue sur les ressources déjà limitées et sur les capacités d’accueil des communautés locales, soulignent les analystes.

Depuis avril 2023, le Soudan est ravagé par un conflit sanglant opposant l’armée aux FSR. En près de trois ans, la guerre a fait des dizaines de milliers de victimes et contraint environ 11 millions de personnes à quitter leur foyer, plongeant le pays dans ce que l’ONU décrit comme la pire crise humanitaire actuelle.

Aujourd’hui, plus de 21 millions de Soudanais sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë, tandis que près des deux tiers de la population ont un besoin urgent d’assistance humanitaire. Les Nations unies ont par ailleurs averti que les stocks d’aide alimentaire pourraient être totalement épuisés d’ici la fin du mois de mars.