Soudan : Soupçons d’un appui logistique éthiopien aux paramilitaires

Un rapport récent met en lumière un possible soutien militaire provenant d’une base située en Éthiopie en faveur des paramilitaires soudanais des Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdan Dagalo dit « Hemedti ». Cette analyse, publiée par un laboratoire de recherche de l’université Yale, s’appuie sur des observations satellitaires et des données accessibles au public.

Selon le Humanitarian Research Lab (HRL) de l’École de santé publique de Yale, des activités jugées compatibles avec une aide militaire aux FSR ont été repérées sur la base d’Asosa, dans la région de Benishangul-Gumuz, entre la fin décembre 2025 et la fin mars 2026. Ces éléments suggèrent une implication indirecte dans le conflit qui oppose, depuis avril 2023, les FSR à l’armée régulière soudanaise.

Le mois dernier, les autorités militaires soudanaises du général Abdel Fattah al-Burhan avaient accusé les FSR d’avoir mené des frappes de drones depuis le territoire éthiopien, marquant ainsi la première mise en cause publique d’Addis-Abeba. Le gouvernement éthiopien a fermement rejeté ces accusations, niant toute implication ainsi que l’existence de camps accueillant ces combattants.

Les chercheurs de Yale estiment néanmoins disposer d’indices visuels solides, recueillis sur une période de cinq mois, indiquant que certaines offensives des FSR contre l’État du Nil Bleu, au sud-est du Soudan, auraient été lancées depuis l’Éthiopie. Ils ont notamment observé des arrivées répétées de véhicules transportant des pick-up légers, appelés “technicals”, fréquemment utilisés dans les conflits armés.

Ces véhicules, qui ne correspondent pas aux équipements habituels de l’armée éthiopienne, auraient servi à ravitailler des unités des FSR actives dans la région du Nil Bleu. Certains auraient même été modifiés pour accueillir des armes lourdes, comme des mitrailleuses.

Des engins similaires ont ensuite été repérés dans des images diffusées en ligne montrant les combats autour d’Al-Kurmuk, une ville stratégique proche de la frontière soudano-éthiopienne, située à environ 100 kilomètres d’Asosa. Cette zone connaît actuellement une recrudescence des affrontements, ayant entraîné le déplacement d’environ 28000 personnes depuis le début de l’année, dont plus de 10000 pour la seule ville d’Al-Kurmuk.

Le rapport souligne également une intensification des activités logistiques sur la base d’Asosa, avec l’installation de conteneurs, de réservoirs de carburant et de structures d’hébergement pouvant accueillir jusqu’à 150 individus. Par ailleurs, l’aéroport local aurait été considérablement agrandi, avec la construction d’un nouveau hangar, d’une plateforme en béton et de positions défensives.