Niger : L’armée algérienne entre en scène, une menace pour Tiani et le Sahel

En autorisant le déploiement de troupes du général Saïd Chengriha dimanche par les deux chambres du Parlement algérien au Niger sous couvert de la protection des installations énergétiques, l’Algérie opère un tournant majeur dans sa politique militaire extérieure.

Cette décision renforce son implication dans les affaires sahéliennes, mais suscite des inquiétudes quant aux ambitions stratégiques d’Alger, aux risques d’atteinte à la souveraineté nigérienne et aux répercussions d’une présence militaire étrangère supplémentaire dans une région déjà en proie à de profondes tensions.

Tiani est face au piège de la souveraineté du Niger. Depuis le coup d’Etat de juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani a fait de la souveraineté nationale et de la rupture avec certains partenaires occidentaux des piliers de son discours politique.

L’arrivée de forces militaires étrangères révèle un paradoxe pour le régime de Tiani, qui revendique l’indépendance stratégique du Niger tout en dépendant de nouveaux partenaires étrangers pour protéger ses infrastructures les plus sensibles.

Pour le pouvoir nigérien, le risque est politique autant que sécuritaire, après l’ex président Mohamed Bazoum, pro-algérien. Si cette coopération ne produit pas de résultats tangibles, elle pourrait alimenter les critiques sur les limites de sa stratégie et sur la capacité des forces nationales nigériennes à assurer seules la protection du territoire.

Le régime algérien ne déploie pas de moyens militaires à l’étranger sans défendre ses propres intérêts internes. La sécurité de ses frontières méridionales, les menaces transfrontalières et les enjeux énergétiques constituent des moyens stratégiques majeurs pour se maintenir uniquement au pouvoir en Algérie.

Pour les analystes occidentaux, il serait naïf de considérer cette initiative comme un geste désintéressé ou de coopération. En s’impliquant directement au Niger, l’Algérie du président Abdelmadjid Tebboune veut renforcer son poids dans les affaires sahéliennes et se donne un rôle plus important dans la définition des équilibres régionaux, pour son opinion publique algérienne.

Cette présence militaire algérienne soulève de sérieuses inquiétudes quant à l’étendue des ambitions d’Alger et à la capacité du Niger à préserver son indépendance stratégique et le contrôle de ses propres décisions sécuritaires.

Pour les experts, l’implication algérienne et ses connivences avec les groupes terroristes islamistes et jihadistes au Sahel, ajoute un acteur majeur à un paysage sécuritaire déjà complexe, où le Niger entretient notamment des relations avec la Russie et coopère avec le Mali et le Burkina Faso au sein de l’Alliance des Etats du Sahel (AES).

La protection des installations énergétiques est essentielle à l’économie nigérienne et aux recettes de l’Etat. Mais lorsque la sécurité de sites stratégiques repose sur l’appui d’une puissance étrangère, la question de la dépendance se pose inévitablement.

Le Sahel, et plus largement le Grand Sahel, n’a pas besoin d’une nouvelle rivalité d’influence entre puissances étrangères, mais d’une coopération transparente, coordonnée et véritablement efficace pour lutter contre l’insécurité et préserver la souveraineté des Etats de la région.