Après les menaces du président américain Donald Trump de frapper le régime des mollahs, engagé dans une répression massive et violente des manifestations populaires, une réunion secrète s’est tenue mercredi dernier au sommet de l’état-major de l’armée algérienne.
Présidée par le général Saïd Chengriha et réunissant les responsables des services de sécurité et de renseignement, cette réunion avait pour objectif d’organiser le rapatriement discret des officiers et des éléments algériens déployés à Téhéran, selon une information ayant fuité de la compagnie aérienne Air Algérie.
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdelmadjid Tebboune et du chef d’état-major de l’armée, le général Saïd Chengriha, les signaux de rapprochement entre Alger et Téhéran se sont multipliés. Officiellement, la relation est présentée comme une coopération énergétique et diplomatique, fondée sur des intérêts communs au sein des organisations internationales.
Mais cette lecture est incomplète. « Il existe une convergence idéologique réelle entre les deux capitales, notamment sur la dénonciation de l’ordre international actuel et le rejet de l’influence occidentale », confient des diplomates européens basés à Alger. L’Iran voit dans l’Algérie un partenaire politique crédible en Afrique du Nord ; Alger, de son côté, cherche à élargir son réseau d’alliances hors du cadre occidental.
Le rapprochement entre l’Algérie et la République islamique d’Iran, perceptible ces dernières années, suscite une attention croissante dans les milieux diplomatiques et sécuritaires occidentaux.
En cause, dans un contexte marqué par la contestation interne en Iran et la recomposition des alliances géopolitiques, des informations concordantes font état de coopérations sensibles, notamment dans le domaine sécuritaire.
Selon plusieurs sources occidentales, les autorités iraniennes avaient à l’automne 2022, sollicité l’expertise de forces algériennes spécialisées dans la gestion de mouvements de contestation. « Avec le Hirak, le régime militaire algérien a développé, au fil des années, un savoir-faire très spécifique en matière de contrôle des foules, de neutralisation des mobilisations de masse et les enlèvements », souligne un ancien responsable israélien du renseignement, sous couvert d’anonymat.
Le début des échanges est intervenu à la suite de la mort de Mahsa Amini, une jeune Kurde iranienne décédée le 16 septembre 2022 après son arrestation par la police des mœurs à Téhéran. L’événement avait déclenché une vague de manifestations sans précédent depuis la révolution islamique de 1979.
D’après une source sécuritaire algérienne, une unité antiémeute algérienne a été discrètement dépêchée en Iran en novembre 2022.
« Il ne s’agissait pas d’un déploiement massif, mais d’un groupe de conseillers, chargés de partager des méthodes d’arrestation, des doctrines d’intervention et des techniques de maintien de l’ordre sur le terrain », explique cette source.
La Syrie, alliée de longue date de l’Iran, avait également contribué à cet effort de soutien répressif. « On observe une logique de solidarité entre régimes confrontés à des contestations existentielles », analyse un chercheur spécialisé dans l’étude des régimes autoritaires.
Cette proximité s’est encore renforcée après l’attaque menée par le Hamas contre Israël en octobre 2023. Alger et Téhéran ont alors multiplié les déclarations de soutien aux Palestiniens et les condamnations de la riposte israélienne à Gaza. En 2024, le ministre algérien des affaires étrangères a qualifié, à la tribune de l’ONU, les opérations israéliennes de « génocide », une position saluée par les autorités iraniennes.
Selon un rapport confidentiel, des conseillers militaires iraniens ont été reçus à Alger à la fin de l’année 2024. Officiellement consacrées à la formation et à la cyberdéfense, des discussions ont porté sur des sujets plus sensibles. Il a été question de partage de renseignements et de coordination dans certaines zones africaines. L’Algérie dispose d’une profondeur stratégique dans le Sahel, ce qui intéresse fortement Téhéran.
Des sources concordantes évoquent la présence ou le passage d’agents des Gardiens de la Révolution iraniens dans des installations militaires situées dans le sud algérien, notamment dans la région de Tamanrasset, du Bordj Badji Mokhtar ainsi qu’à Tindouf. « Rien n’indique une présence permanente, mais plutôt des transits ponctuels, discrets, dans certaines bases militaires », précise un officier de la gendarmerie algérienne.
Pour les services de renseignement occidentaux, le rapprochement entre Alger et Téhéran, des régimes autoritaires, fondé sur une hostilité commune à Israël, s’inscrit dans une dynamique plus large de contestation de l’ordre géopolitique établi, pour une légitimité interne par la confrontation extérieure.
