Mauritanie : Vives tensions après des accusations de Mali

Les relations entre la Mauritanie et le Mali se sont nettement crispées lundi. En cause : le rejet ferme par Nouakchott des accusations émanant du régime de Bamako, qui soutient que des soldats maliens seraient détenus par des groupes terroristes dans un camp de réfugiés situé en territoire mauritanien.

Dans un communiqué officiel, le ministère mauritanien des Affaires étrangères a dénoncé des allégations ‘’totalement infondées et profondément offensantes’’. Le texte fustige des accusations formulées ‘’sans la moindre preuve ni consultation préalable par les canaux appropriés’’, les qualifiant d’acte indécent et inacceptable.

Les autorités rappellent que le camp de réfugiés de M’Berra, vraisemblablement visé par les déclarations maliennes, est placé sous la supervision du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et de plusieurs organisations humanitaires internationales.

Implanté dans l’est mauritanien, près de Bassikounou, dans la région du Hodh Ech Chargui, le site accueille plus de 309 000 réfugiés et demandeurs d’asile, selon le HCR. Environ 98 % d’entre eux sont de nationalité malienne.

Les rapports entre Nouakchott et Bamako se sont dégradés ces derniers mois à la suite de plusieurs incidents sécuritaires recensés le long de leur frontière commune, longue de plus de 2 200 kilomètres, depuis avril 2024. Ces épisodes sont fréquemment liés à des opérations de traque menées par l’armée malienne contre des groupes jihadistes armés.

Le 6 mars, des médias mauritaniens, dont Sahara Media, ont affirmé que sept ressortissants mauritaniens auraient été tués par l’armée malienne dans la zone d’Ehl Elkori, à la frontière entre les deux pays.

Parallèlement, la Mauritanie a lancé depuis mars 2024 une vaste campagne d’expulsions visant les étrangers en situation irrégulière, touchant de nombreux Maliens. Amnesty International, s’appuyant sur des chiffres officiels, fait état de 28125 migrants expulsés au premier semestre 2025.

Les frictions diplomatiques ont aussi des répercussions économiques. En septembre 2025, des centaines de commerces mauritaniens ont fermé à Bamako. «Près de 300 établissements sont concernés», a précisé Saadna Hamoud, vice-président de la communauté mauritanienne dans la capitale malienne.

Dernièrement, à la suite d’instructions venues d’Algérie, Nouakchott a interrompu une partie de ses exportations de produits alimentaires et énergétiques par voie terrestre, une mesure pour perturber et compliquer l’approvisionnement du Mali.

Le porte-parole du gouvernement mauritanien, El Houssein Ould Medou, a évoqué « une mesure temporaire liée à la conjoncture mondiale et aux tensions au Moyen-Orient ».