RDC : Les milices Mobondo, une insurrection aux portes de Kinshasa

A une soixantaine de kilomètres de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo, sur le plateau fertile des Bateke, un conflit foncier entre communautés a progressivement basculé dans une spirale de violences meurtrières. Né d’un différend autour de l’exploitation des terres, il prend aujourd’hui les allures d’une insurrection armée aux portes de la capitale congolaise.

Depuis près de quatre ans, la région, située à l’est de Kinshasa, est le théâtre d’affrontements entre les Teke, qui se considèrent comme les propriétaires ancestraux des villages longeant le fleuve Congo, et les Yaka, des cultivateurs installés plus tardivement. En 2022, la décision des chefs Teke d’augmenter la redevance coutumière pour l’exploitation des terres a mis le feu aux poudres. Les Yaka ont rejeté cette mesure, et les tensions ont dégénéré en violences généralisées, selon Human Rights Watch.

Au cœur des affrontements, les milices Mobondo, présentées comme proches de la communauté Yaka, sont accusées d’orchestrer des attaques répétées dans le territoire de Kwamouth, dans la province de Maï-Ndombe. Malgré le déploiement de l’armée, ces groupes, forts de plusieurs milliers d’hommes selon des sources locales, multiplient les incursions meurtrières.

Leur nom renverrait à des fétiches censés les protéger des balles. Armés de machettes, d’arcs et parfois de fusils artisanaux, les combattants se livrent à des rites spirituels et affirment agir selon des préceptes mystiques, persuadés de leur invulnérabilité.

Les attaques se sont rapprochées de Kinshasa. En novembre, au moins 27 personnes ont été tuées dans le village de Nkana, à environ 75 kilomètres de la capitale. Début janvier, un agriculteur belgo-congolais de 37 ans a été massacré à la machette dans sa ferme à Mbakana, dans la commune rurale de Maluku.

Des survivants décrivent des scènes d’une extrême violence. En 2023, un bus transportant une quarantaine de passagers est tombé dans une embuscade sur la route de Bandundu. Les assaillants auraient menacé de décapiter les passagers identifiés comme Teke. Une intervention des Forces armées congolaises (FARDC) a permis de libérer les otages à l’aube.

Trois ans après le début de la crise, les Mobondo restent actifs dans les provinces du Maï-Ndombe, du Kwilu et du Kwango. Les violences se sont propagées dans des zones où Teke et Yaka cohabitaient jusque-là. Selon un rapport de l’Institut danois d’études internationales (DIIS), leur présence s’étend désormais jusqu’à la périphérie de Kinshasa et à une partie du Kongo central.

Les tentatives de médiation ont échoué. Les autorités redoutent les conséquences de l’instabilité sur l’approvisionnement agricole de Kinshasa, dont dépend en grande partie le plateau des Bateke. En 2022, le président Félix Tshisekedi avait dénoncé des manœuvres visant à perturber le processus électoral.

Le bilan reste incertain, mais la Commission diocésaine justice et paix de Kinshasa évoque plus de 5.000 morts et 280.000 déplacés. Une campagne gouvernementale de reddition lancée en janvier n’a permis la démobilisation que d’une centaine de miliciens.