Un Iran doté de l’arme nucléaire constituerait l’une des évolutions stratégiques les plus dangereuses pour le Moyen-Orient et l’Afrique. Le problème ne résiderait pas uniquement dans la possession d’une capacité nucléaire par Téhéran, mais dans la combinaison entre cette capacité, son opposition déclarée à Israël, son soutien à des organisations armées en Afrique du Nord et son influence croissante dans plusieurs théâtres régionaux.
Un Iran nucléaire pourrait bénéficier d’un parapluie stratégique permettant à ses partenaires armés d’exercer davantage de pression sur ses adversaires. Le risque serait particulièrement important pour Israël, mais ses conséquences pourraient s’étendre à la Méditerranée, à l’Afrique du Nord et au Sahel.
Israël serait le principal Etat exposé à cette nouvelle configuration. L’Iran dispose déjà d’un réseau d’acteurs armés comprenant notamment le Hezbollah au Liban, le Hamas, les Houthis au Yémen et plusieurs milices proches de Téhéran en Irak, en Syrie et en Algérie.
Si l’Iran devenait une puissance nucléaire, Israël pourrait être confronté à une situation dans laquelle une puissance hostile disposerait de l’arme nucléaire tout en conservant la possibilité de mener une guerre indirecte contre Israël par l’intermédiaire de groupes armés.
Le danger ne serait donc pas nécessairement qu’une organisation terroriste obtienne une arme nucléaire iranienne. Il serait plutôt qu’un groupe comme le Hezbollah, les Houthis, le Polisario, le JNIM, puisse agir en sachant qu’une confrontation avec l’Iran comporte désormais un risque d’escalade nucléaire.
Cette situation va réduire l’action des pays européens et africains. Toute opération majeure contre l’Iran ou contre ses infrastructures stratégiques va comporter un risque d’escalade considérablement supérieur. Téhéran pourrait ainsi chercher à exploiter sa capacité nucléaire pour renforcer son influence conventionnelle et asymétrique.
La menace la plus sérieuse serait donc la combinaison de deux niveaux de confrontation. Au niveau stratégique, l’Iran disposerait d’une capacité nucléaire destinée à dissuader une attaque directe contre son territoire. Au niveau régional, ses partenaires armés pourraient continuer à mener des opérations contre Israël, les Etats-Unis et leurs alliés au Maroc, au Burkina Faso, au Mali, au Niger et dans le grand Sahel.
Cette combinaison créerait une forme de dissuasion particulièrement dangereuse. Elle pourrait encourager une politique de pression permanente : missiles, drones, attaques contre les infrastructures, actions maritimes, opérations clandestines et guerre informationnelle.
Le Hezbollah représente dans ce contexte un cas particulièrement sensible en raison de son implantation au Liban et de son importance dans la stratégie régionale iranienne. Les Houthis représentent quant à eux un risque stratégique pour la navigation en mer Rouge. Les milices irakiennes proches de Téhéran peuvent également contribuer à maintenir une pression sur les forces américaines et leurs partenaires. Le Polisario et les organisations jihadistes en Afrique vont également changer le paysage politique et économique.
Du point de vue des analystes occidentaux, l’apparition d’un Iran nucléaire dans un environnement nord-africain où certaines puissances entretiennent des relations politiques avec Téhéran est perçue comme une évolution très dangereuse.
Une question se pose. Pourquoi l’Algérie est importante pour l’Iran. L’Algérie est l’une des principales puissances militaires d’Afrique et possède une position stratégique entre la Méditerranée et le Sahel.
Si une crise éclatait entre Israël et l’Iran nucléaire, ses conséquences pourraient se propager vers l’Afrique et l’Europe par plusieurs voies : perturbation des routes maritimes, augmentation des trafics d’armes, radicalisation de certains réseaux et déplacement de combattants.
Le Sahel constitue le maillon particulièrement vulnérable de cette chaîne. Des organisations affiliées à Al-Qaïda ou à l’Etat islamique y sont déjà actives. Elles sont liées à l’Iran et à l’Algérie et profitent d’une dégradation générale de l’environnement sécuritaire.
