Tchad : Une double épidémie inquiète dans l’est du pays

L’est du Tchad fait face à une situation sanitaire alarmante marquée par une double épidémie de rougeole et de méningite, a averti jeudi l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF). Cette crise survient dans un contexte déjà fragilisé par l’afflux massif de réfugiés fuyant la guerre au Soudan, où le conflit en cours depuis avril 2023 a provoqué des dizaines de milliers de morts et déplacé plus de 12 millions de personnes, dont près d’un million vers le Tchad.

Malgré la fermeture de la frontière annoncée par N’Djamena en février, les arrivées de réfugiés se poursuivent, aggravant une situation déjà critique. Dans les camps, la promiscuité, le manque d’accès à l’eau, aux soins et la malnutrition accélèrent la propagation des maladies, notamment chez les enfants de moins de cinq ans.

A Adré, ville frontalière, 25 enfants sont décédés de méningite bactérienne entre mars et avril parmi 212 cas pris en charge par MSF, soit un taux de létalité d’environ 12 %. Parallèlement, les cas de rougeole ont connu une hausse spectaculaire, passant de 16 en janvier à 371 en mars, avec déjà 161 cas recensés durant les deux premières semaines d’avril. La méningite suit une progression similaire.

Les structures médicales sont aujourd’hui sous forte pression. MSF signale une saturation quasi totale des lits pour les patients atteints de méningite, ce qui complique la prise en charge d’autres maladies. De nombreux enfants arrivent dans un état grave, souvent atteints de complications respiratoires liées à la rougeole.

Face à l’urgence, les autorités sanitaires tchadiennes, avec l’appui de MSF, ont mené des campagnes de vaccination intensives. En trois semaines, plus de 95 500 enfants ont été immunisés contre la rougeole et près de 338 000 personnes contre la méningite dans les zones les plus touchées.

Dans la province du Sila, la rougeole continue de se propager rapidement, touchant principalement les moins de 15 ans. MSF insiste sur la nécessité de renforcer durablement la vaccination de routine et les services de santé primaire, estimant que les campagnes d’urgence ne suffiront pas à contenir la crise sur le long terme.