L’Assemblée nationale sénégalaise a adopté mardi une modification du code électoral qui pourrait permettre au Premier ministre Ousmane Sonko de briguer la présidence en 2029. Ce texte, soutenu par la majorité, suscite de vives critiques de l’opposition, qui y voit une manœuvre politique.
Ecarté de la présidentielle de février 2024 à la suite d’une condamnation pour diffamation ayant entraîné la perte de ses droits civiques, M. Sonko avait alors désigné son allié Bassirou Diomaye Faye, aujourd’hui chef de l’État, pour le représenter. Opposant déterminé à l’ancien président Macky Sall, il avait été condamné en appel en mai 2023 à six mois de prison avec sursis et à une lourde amende, décision confirmée par la Cour suprême en janvier 2024.
Malgré un nouveau rejet de recours par la Cour suprême en juillet 2025, la question de son éligibilité est restée au cœur du débat politique. Élu député lors des législatives de novembre 2024, il avait toutefois renoncé à son siège pour conserver ses fonctions de Premier ministre. Son camp estime que cette élection confirme sa capacité à se présenter à de futurs scrutins.
L’opposition, elle, conteste vivement cette interprétation, dénonçant une « fraude » lors des législatives. Pour plusieurs de ses responsables, la réforme adoptée vise avant tout à sécuriser la candidature de M. Sonko. L’acteur de la société civile Alioune Tine estime ainsi que le pouvoir cherche à « éliminer toute incertitude » en vue de 2029.
Le texte, porté par le parti Pastef, majoritaire au Parlement, prévoit de redéfinir les cas de déchéance des droits civiques en limitant leur durée à cinq ans après l’exécution de la peine, avec un effet rétroactif. Une disposition qui alimente la controverse.
Dans les rangs de la majorité, certains députés dénoncent l’ancien dispositif électoral, accusé d’avoir été utilisé pour écarter des candidats selon des intérêts politiques. À l’inverse, l’opposition critique une loi « sur mesure », jugée dangereuse pour l’équilibre institutionnel, car elle reviendrait sur des décisions judiciaires déjà rendues.
La coalition FDR a fustigé un texte « taillé pour un seul homme », illustrant les tensions persistantes autour de la scène politique sénégalaise à l’approche des prochaines échéances électorales.
