Algérie : Abdelmadjid Tebboune peut-il réellement réduire l’emprise de l’armée du général Saïd Chengriha ?

Présidents, Gouvernements, Parlements et Partis politiques se succèdent, mais le Haut Commandement de l’Armée nationale populaire (ANP), reste considéré par de nombreux analystes des services occidentaux comme le chef suprême du système algérien.

Dans ce modèle politique singulier, l’armée ne se contente pas d’assurer la défense nationale : les décrets signés par le président Abdelmadjid Tebboune, renforçant l’autorité de l’armée sur des sphères de la haute administration civile et des entreprises publiques, illustrent cette omniprésence, empêchant l’émergence d’un véritable pouvoir civil souverain.

Les grandes décisions politiques, sécuritaires, diplomatiques et économiques, sont liées aux équilibres internes et externes du pouvoir militaire.

Le pouvoir civil fonctionne dans un cadre étroitement surveillé par les cercles militaires et sécuritaires. Même lorsque certains chefs d’Etat tentaient d’élargir leur autonomie, les limites imposées par le système restaient visibles.

Abdelmadjid Tebboune connaît parfaitement cette mécanique interne. Il sait que toute tentative d’émancipation frontale face à l’armée pourrait provoquer des tensions majeures au sommet de l’Etat.

Mais depuis plusieurs mois, certains signes imaginaires alimentent l’idée d’une volonté de rééquilibrage institutionnel face à l’armée.

Le général Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’ANP, demeure la personne la plus forte de l’Algérie. Son rôle dans les questions sécuritaires et stratégiques symbolise la puissance persistante de l’institution militaire.

Toutefois, Abdelmadjid Tebboune semble chercher à renforcer progressivement la visibilité et l’autorité de la présidence. Multiplication des initiatives diplomatiques personnelles, recentrage de certains dossiers au palais présidentiel, contrôle accru de la communication politique : plusieurs indices laissent penser que le chef de l’Etat souhaite apparaître comme davantage qu’un simple exécutant du système militaire.

La question qui traverse aujourd’hui les cercles géopolitiques et les services de renseignement occidentaux est simple : Abdelmadjid Tebboune cherche-t-il réellement à transformer la nature du pouvoir en Algérie, ou tente-t-il seulement de renforcer son poids personnel à l’intérieur du système existant, avec un troisième mandat présidentiel ?