A Bazia, dans l’ouest du Soudan du Sud, les cartons d’aide humanitaire s’entassent sur les étals du marché local. Un phénomène devenu courant dans un pays confronté à une grave crise économique et humanitaire, où de nombreuses familles sont contraintes de revendre une partie de l’aide reçue pour couvrir leurs besoins essentiels.
Josephine Mathew en est l’illustration. Réfugiée à Bazia après avoir fui les violences dans l’Etat de l’Equatoria-Occidental, cette mère de trois enfants a reçu dix kilos de sorgho distribués par une organisation humanitaire locale, selon l’AFP. Une petite partie sera conservée pour nourrir sa famille, tandis que le reste sera vendu afin de payer des médicaments contre le paludisme et les frais de scolarité de ses enfants.
« Nous ne sommes pas sur nos terres. Nous ne pouvons ni cultiver ni gagner notre vie », explique-t-elle.
Le Soudan du Sud traverse une nouvelle période d’instabilité marquée par les affrontements entre les forces loyales au président Salva Kiir et celles fidèles à son rival politique, l’ancien vice-président Riek Machar. Ces violences ont provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes dans un pays déjà fragilisé par la pauvreté et des années de crise.
A cette situation sécuritaire s’ajoute un effondrement économique. En 2025, la livre sud-soudanaise figurait parmi les monnaies les plus faibles du continent africain, tandis que l’inflation a frôlé les 100 % l’année précédente, selon le Fonds monétaire international.
Malgré ses importantes ressources pétrolières, le pays peine à répondre aux besoins de sa population. Un rapport des Nations unies publié en septembre dernier dénonçait des pratiques de détournement des ressources publiques par certaines élites, ayant coûté plusieurs milliards de dollars à l’Etat.
Face à l’envolée des prix et à la baisse des revenus, la revente de l’aide humanitaire est devenue un mécanisme de survie. Selon des spécialistes de l’assistance humanitaire, les bénéficiaires privilégient souvent leurs besoins les plus urgents, comme les soins médicaux ou l’éducation, lorsque les distributions ne répondent pas directement à leurs priorités.
La situation s’est aggravée avec la réduction de certaines aides internationales. Fin avril, les autorités sud-soudanaises estimaient que près de 7,9 millions de personnes, soit environ les deux tiers de la population, étaient exposées à une insécurité alimentaire sévère. Dans la région de Bazia, les familles ne reçoivent désormais des rations qu’une fois tous les deux mois.
