Tunisie : Les délestages électriques provoquent de lourdes pertes dans plusieurs secteurs

Les récentes coupures d’électricité en Tunisie ont entraîné d’importants dégâts économiques, touchant de plein fouet les secteurs de l’agriculture, de l’élevage, de l’agroalimentaire et du commerce. Face à la multiplication des délestages, de nombreux professionnels dénoncent un manque d’anticipation et de communication.

A El Fahs, à une soixantaine de kilomètres de Tunis, une exploitation avicole a été décimée après une longue interruption de courant. Privées de ventilation et d’eau, près de 90 % des volailles sont mortes, représentant une perte estimée à 445 000 euros. Selon le vétérinaire Hamza Bouchrit, interviewé par l’AFP, entre 400 et 500 tonnes de viande ont été perdues. Le groupe électrogène du site, prévu uniquement pour de courtes pannes, a fini par tomber en panne après plusieurs heures de fonctionnement.

Les élevages laitiers ont également subi de lourdes conséquences. Un éleveur de vaches Holstein, affirme avoir dû jeter près de 1200 litres de lait, soit l’équivalent de six jours de production, faute de pouvoir assurer la chaîne de conservation.

Le secteur de la pâtisserie n’a pas été épargné. A El Menzah, la présidente de la Chambre de la pâtisserie, est à l’arrêt depuis une dizaine de jours. Elle évoque des stocks de pâte détruits et un moteur de chambre froide hors d’usage. Elle regrette surtout l’absence de calendrier précis des coupures, qui n’a pas permis aux professionnels de prendre les mesures nécessaires.

La Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect) a également critiqué le manque de visibilité offert aux entreprises. Les cafés, restaurants, supermarchés ainsi que le secteur de la pêche ont aussi subi les effets des délestages, avec une hausse du prix de la glace ayant entraîné une augmentation du coût du poisson.

La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) justifie ces coupures tournantes par la nécessité d’éviter un black-out, dans un contexte de fortes chaleurs et de consommation électrique record. Malgré une baisse récente des interruptions, la colère reste vive. Lundi, le Parlement a consacré une séance plénière à cette crise, plusieurs députés reprochant au gouvernement son absence et son manque d’explications face aux citoyens.

Selon plusieurs observateurs, la Tunisie s’expose à une aggravation de la crise politique et économique si les autorités ne procèdent pas à des réformes profondes. Ils estiment que le président Kaïs Saïed concentre désormais l’essentiel des pouvoirs, une gouvernance que les tunisiens qualifient de dérive autoritaire, voire de dictature.