Mozambique : Au moins 13 pêcheurs tués par l’armée dans une zone en conflit

Au moins treize pêcheurs ont été abattus dimanche dans le nord du Mozambique par des forces militaires, dans une région en proie à une insurrection jihadiste depuis plusieurs années, selon des sources locales et des organisations spécialisées dans le suivi des conflits.

L’incident s’est produit près du village côtier de Calugo, non loin du port stratégique de Mocimboa da Praia. D’après des témoignages concordants, des éléments de la marine auraient ouvert le feu sur une embarcation de pêche tôt dans la matinée, faisant également plusieurs blessés. Le bilan exact reste incertain, certaines sources évoquant jusqu’à quinze victimes.

Dans cette zone, les pêcheurs sont régulièrement soupçonnés par les forces de sécurité d’entretenir des liens avec les groupes armés affiliés à l’organisation État islamique. Un épisode similaire avait déjà coûté la vie à seize pêcheurs en septembre dernier, plus au sud.

La province du Cabo Delgado est le théâtre d’une insurrection armée depuis 2017. Les violences ont causé la mort de plusieurs milliers de personnes et provoqué des déplacements massifs de population. L’attaque de la ville de Palma en mars 2021, particulièrement meurtrière, avait marqué un tournant dans le conflit et entraîné la suspension d’un important projet gazier, relancé récemment.

Les forces mozambicaines ont à plusieurs reprises été accusées d’exactions contre des civils. Certaines organisations de défense des droits humains évoquent des cas de détentions arbitraires, de tortures et d’exécutions extrajudiciaires, des accusations contestées par les autorités.

Par ailleurs, l’intensification des attaques jihadistes au cours de l’année écoulée inquiète les observateurs internationaux. Le Rwanda, engagé militairement aux côtés de Maputo depuis 2021, a récemment mis en garde contre un possible retrait de ses troupes en l’absence de financements suffisants.

Cette présence étrangère, jugée déterminante dans la stabilisation de certaines zones, repose en partie sur un soutien financier international dont l’avenir reste incertain, sur fond de tensions diplomatiques et de contraintes budgétaires.