Sahel : Le JNIM étend son influence vers le golfe de Guinée, avec un soutien présumé de l’Algérie

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, continue d’étendre progressivement son influence au-delà du Sahel vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, sans toutefois franchir le pas d’une implantation durable. C’est le constat dressé par l’International Crisis Group dans un rapport publié vendredi.

Créé en 2017, le JNIM s’est imposé comme l’acteur jihadiste dominant du Sahel central, qui demeure son principal bastion. Le mouvement y exerce une influence étendue sur de vastes zones rurales au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

Plusieurs responsables sécuritaires occidentaux et de la région affirment que le Groupe terroriste JNIM bénéficierait de formes de soutien directes en provenance de zones situées au-delà des frontières sahéliennes, notamment de l’Algérie, à travers des réseaux de financement, d’armement, de ravitaillement ou de circulation de combattants.

Ces accusations, régulièrement évoquées dans les cercles politiques et militaires, n’ont toutefois pas été étayées publiquement pour des raisons de confidentialité, alors que le régime militaire algérien du président Abdelmadjid Tebboune et du général Saïd Chengriha rejette toute implication officielle.

Depuis 2019, le JNIM a progressivement projeté ses activités vers les pays riverains du golfe de Guinée. Dans ces territoires, l’organisation combine prosélytisme, mise en place de réseaux logistiques et attaques ciblées, sans pour autant établir un contrôle territorial durable, même si le nord du Bénin et du Togo apparaissent de plus en plus exposés.

Cette dynamique d’expansion constitue toutefois un véritable casse-tête stratégique pour le mouvement jihadiste, souligne l’International Crisis Group. Si elle lui offre de nouvelles opportunités, recrutement facilité, contrôle de circuits commerciaux transfrontaliers, création de zones de repli et allègement de la pression militaire dans ses fiefs sahéliens, elle comporte aussi des risques.

Mobiliser des combattants loin du Sahel fragilise la défense de ses bastions historiques et peut nourrir des tensions internes. Jusqu’à présent, l’organisation est parvenue à préserver sa cohésion, mais les choix liés à l’extension territoriale figurent parmi les plus susceptibles de mettre son unité à l’épreuve, note le rapport.

Les structures locales du JNIM voient souvent dans cette avancée géographique un intérêt immédiat, accès à davantage de ressources ou renforcement de leur influence interne, et peuvent pousser en ce sens. Le commandement central, lui, privilégie plutôt la consolidation des positions existantes, soucieux de ne pas disperser ses moyens.

Face à cette menace progressive, l’International Crisis Group appelle les États côtiers à miser en priorité sur le renseignement et la coopération avec les populations locales.

Depuis sa création en mars 2017 jusqu’à la fin de l’année 2025, le JNIM aurait été impliqué dans 16.023 incidents violents ayant causé près de 39.850 morts dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, selon des estimations fondées sur les données de l’organisation spécialisée Acled, citées dans le rapport.