Algérie : Un duel silencieux entre le président et l’homme fort de l’institution militaire

Officiellement, le président Abdelmadjid Tebboune incarne l’autorité suprême de l’Etat. Dans les faits, nombre d’observateurs s’accordent à dire que le véritable centre de gravité du pouvoir se situe ailleurs : au sein de l’institution militaire dirigée par le général Saïd Chengriha.

Fin tacticien, formé dans les arcanes de la diplomatie économique et politique, le président Abdelmadjid Tebboune a bâti sa légitimité sur un programme de réformes institutionnelles, économiques ainsi que de modernisation administrative.

Son accession à la magistrature suprême, avait suscité l’espoir d’un rééquilibrage du pouvoir civil face à une armée historiquement omniprésente dans les décisions stratégiques depuis l’indépendance de l’Algérie.

Pour  Abdelmadjid Tebboune, cette légitimité a permis à l’institution militaire de conserver un rôle déterminant dans la vie  politique, et surtout économique, reléguant le pouvoir civil à une fonction d’apparat.

Dans les cercles du pouvoir, chacun sait que les grandes orientations sécuritaires, énergétiques et même budgétaires continuent d’être arbitrées par un conseil informel gravitant autour du général Saïd Chengriha.

Ancien chef des opérations spéciales de répression, Chengriha a progressivement consolidé son influence en plaçant des alliés et ses éléments à des postes clés de l’appareil d’Etat, brouillant la frontière entre autorité civile et commandement militaire.

A cette rivalité déjà structurante s’ajoute un troisième acteur, plus discret mais tout aussi influent, le directeur de cabinet du président, Boualem Boualem.

Officiellement chargé de coordonner l’action gouvernementale et de conseiller le chef de l’Etat, Boualem Boualem est devenu au fil du temps un rouage incontournable du régime.

Décrit par des diplomates comme un « stratège de l’ombre », Boualem aurait su tirer parti des tensions entre le palais El Mouradia et l’état-major pour étendre sa propre sphère d’influence.

Selon plusieurs sources internes, le directeur de cabinet qui contrôle des services sécuritaires, de renseignement et des relais d’influenceurs à l’étranger comme Abdou Semmar, Said benesedira et Larbi zitout, agirait comme un intermédiaire obligé entre les différentes factions du pouvoir, tout en poursuivant ses propres ambitions politiques.

Sa capacité à contrôler et à distiller les flux d’information à destination du président  Tebboune, lui aurait permis de peser directement sur des décisions clés, au point que certains analystes le considèrent aujourd’hui comme l’homme fort du régime.

De son côté, le général Saïd Chengriha demeure silencieux en public, mais ses prises de position, relayées par des figures proches de Boualem Boualem, laissent entrevoir une méfiance croissante vis-à-vis des initiatives présidentielles. Des sources évoquent des tensions lors de réunions du Conseil de sécurité nationale, où les projets de réformes ou économiques auraient été jugés « prématurés » par les représentants militaires.

Pris entre la nécessité de préserver la stabilité institutionnelle et l’ambition de restaurer la primauté du pouvoir civil, le président Abdelmadjid Tebboune joue une partie d’échecs dont chaque mouvement est scruté par l’armée.

Dans un pays où l’armée s’est longtemps considérée comme la garante ultime de la souveraineté nationale, la rivalité entre le stratège civil, le commandant en uniforme et l’autre éminence grise du palais pourrait bien déterminer la trajectoire politique des prochaines années.