Soudan : Khartoum accuse l’Ethiopie après des frappes de drones 

Des frappes de drones « provenant du territoire éthiopien » ont ciblé des positions à l’intérieur du Soudan en février et en mars, a indiqué lundi le ministère soudanais des Affaires étrangères, aligné sur l’armée. Il s’agit de la première mise en cause officielle d’Addis-Abeba depuis le début du conflit.

Dans un communiqué, Khartoum avertit les autorités éthiopiennes des  répercussions de ces actes hostiles, qualifiés d’agression caractérisée. Le texte ne précise toutefois ni l’identité des responsables présumés, ni le nombre exact de frappes, ni les sites visés.

C’est la première fois que l’Ethiopie est explicitement accusée d’ingérence dans la guerre sanglante qui déchire le Soudan depuis trois ans, opposant l’armée régulière aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdan Dagalo, plus connu sous le surnom de « Hemedti ». Ces derniers mois, les combats ont franchi un nouveau seuil avec une utilisation accrue des drones.

L’ambassadeur égyptien auprès de l’ONU, Ihad Awad, avait évoqué, sans citer de pays, des « rapports documentés » selon lesquels l’un des voisins immédiats du Soudan aurait mis en place des camps destinés à former des membres de la milice et à faciliter leurs déplacements ainsi que leur approvisionnement en armes.

D’après une analyse récente du centre de recherche américain Critical Threat, consacrée aux tensions croissantes dans la Corne de l’Afrique, des responsables soudanais ont déjà dénoncé une hausse des livraisons d’armes des Emirats arabes unis vers l’Ethiopie depuis novembre 2025. Selon eux, ces flux pourraient servir à établir une nouvelle base arrière des FSR sur le territoire éthiopien.

Les Emirats arabes unis ont à plusieurs reprises été accusés de fournir un soutien militaire aux FSR, notamment via la Libye, le Tchad ou le Kenya. Des allégations qu’Abou Dhabi a toujours vigoureusement rejetées.

Face aux paramilitaires, le général Abdel Fattah al-Burhane, chef de l’armée régulière et dirigeant de facto du pays depuis le coup d’Etat de 2021, bénéficie pour sa part de l’appui de l’Egypte, de l’Arabie saoudite et de la Turquie.

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a récemment alerté sur « les conséquences dramatiques pour les civils » de l’intensification de la guerre des drones. Selon ses services, le nombre de victimes civiles au Soudan a plus que doublé en 2025, en raison notamment des frappes menées par les deux camps dans des zones habitées et des bombardements visant des infrastructures telles que des écoles, des hôpitaux ou des lieux de culte.