La bande frontalière qui relie le Bénin, le Niger et le Nigeria s’est imposée en 2025 comme un nouveau point chaud des violences jihadistes, avec une augmentation spectaculaire des attaques et l’implantation durable de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’Etat islamique, selon une étude publiée jeudi par l’ONG ACLED.
Les violences impliquant le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, lié à Al-Qaïda) et l’Etat islamique au Sahel (EIS) ont progressé de 80 % entre 2024 et 2025, tandis que le nombre de morts a augmenté de 262 %, explique Héni Nsaibia, analyste chez ACLED, qui recense les victimes des conflits dans le monde.
Longtemps cantonnés au Mali, au Burkina Faso et au Niger, ces groupes jihadistes se sont désormais étendus aux pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest. « Cette expansion est entrée dans une nouvelle phase, marquée par un enracinement durable et la transformation des régions frontalières littorales en foyers de violences », observe M. Nsaibia.
Les militants sont aujourd’hui solidement implantés dans les départements béninois de l’Alibori et du Borgou, dans la région de Dosso au sud du Niger, ainsi que dans les Etats nigérians de Sokoto, Kebbi, Niger et Kwara.
Au Bénin, 2025 a été « l’année la plus meurtrière » pour les forces de sécurité, frappées par des attaques menées par des jihadistes venus du Niger et du Burkina Faso. Au Niger, le JNIM et l’État islamique ont mené des opérations jusqu’aux abords de Niamey, dont une attaque contre l’aéroport de la capitale fin janvier. Pour la première fois, le JNIM a également revendiqué des attaques sur le sol nigérian en 2025.
Cette escalade s’explique en partie par la faible présence de l’Etat dans ces zones et par une coopération régionale affaiblie depuis le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Elle est également facilitée par les forêts classées et les parcs du complexe W-Arly-Pendjari, qui s’étend sur le Niger, le Burkina Faso et le Bénin, offrant aux groupes jihadistes des refuges pour échapper aux offensives des armées nationales.
Selon l’étude, les jihadistes consolident leur emprise dans cette zone des trois frontières en misant sur un recrutement multiethnique, leur coopération avec des bandits locaux et le contrôle des routes de contrebande, notamment celles du carburant reliant le nord du Nigeria aux rives du Niger et du Bénin.
Enfin, les frappes américaines menées en décembre dans l’Etat de Sokoto, au nord-ouest du Nigeria, contre des combattants de l’Etat islamique illustrent la volonté des Etats-Unis d’Amérique de freiner l’expansion jihadiste vers les côtes ouest-africaines tout en maintenant une présence militaire régionale, conclut Héni Nsaibia.
