Dans un climat politique de plus en plus tendu, le président de l’Algérie, Abdelmadjid Tebboune, un civil, élu sur une promesse de réforme et de retour à une gouvernance démocratique, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un bras de fer silencieux avec l’appareil militaire.
Depuis plusieurs mois, dans les coulisses, il ne cesse de dénoncer les prises de position de l’ingérence du chef d’état-major, le général Saïd Chengriha, dans les affaires politiques nationales, mais aussi dans les dynamiques internes des pays voisins du Sahel.
Selon des sources proches de la présidence, le chef de l’Etat a exprimé à plusieurs reprises son opposition à ce qu’il qualifie de « dérive sécuritaire expansionniste », au Mali et au Niger, estimant que le rôle de l’armée devait se limiter strictement à la défense nationale.
Dans des réunions à huis clos, il a critiqué des opérations d’influence menées au-delà des frontières, jugées risquées et contraires aux intérêts diplomatiques du pays, par l’appui aux organisations terroristes.
Mais ses positions lui ont rapidement valu l’hostilité d’une partie de son propre entourage, largement composé de figures proches du haut commandement militaire. Progressivement isolé, le président voit ses marges de manœuvre se réduire.
Plusieurs de ses proches réformistes ont été écartés ou remplacés par des profils plus alignés sur la ligne sécuritaire des services de renseignement du général Saïd Chengriha.
Des observateurs américains parlent désormais d’un « président sous contrainte », pris dans un système où les leviers réels du pouvoir échappent à l’autorité civile.
« Il conserve les attributs de la fonction, mais pas nécessairement la capacité d’agir librement », selon des officiers de renseignement occidentaux. Les décisions stratégiques, notamment en matière de sécurité et de politique étrangère, seraient de plus en plus dictées par l’état-major militaire.
Cette situation alimente les inquiétudes des pays européens, qui redoutent un retour à une gouvernance de fait militarisée, malgré la façade institutionnelle.
Les partenaires internationaux, eux aussi, suivent de près l’évolution de cette crise interne, tout en évitant pour l’instant toute prise de position publique.
Dans ce contexte, la question centrale demeure : jusqu’où le président Abdelmadjid Tebboune pourra-t-il maintenir sa ligne sans risquer une rupture ouverte avec l’institution militaire ou à l’inverse, sans se résigner, à un rôle purement symbolique au sein d’un système qui semble lui échapper de plus en plus ?
