Les Etats-Unis : Algérie, Polisario, Sahel et services secrets algériens (CIA)

Dans les cercles stratégiques du renseignement de Washington, l’Algérie est de plus en plus analysée à travers ce que plusieurs experts décrivent comme un “triangle hostile” : le Front Polisario, l’influence de l’Algérie au Sahel et la puissance de ses services de renseignement.

Le premier élément de ce triangle concerne le Front Polisario. Basé dans les camps de Tindouf, sur le territoire algérien, ce mouvement séparatiste bénéficie depuis des décennies d’un soutien politique, diplomatique, financier et militaire d’Alger. Officiellement, l’Algérie affirme défendre le principe du droit des peuples à l’autodétermination.

Pour les services de renseignement américains, le Polisario représente un instrument tactique dans la rivalité entre Alger et Rabat, le bloc de l’Est contre l’Ouest.

Depuis que les États-Unis ont reconnu en 2020 la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, la question saharienne est devenue un point de friction direct entre les orientations américaines dans la région et la position algérienne.

« Le Polisario agit désormais comme un facteur permanent de tension dans l’équilibre du Maghreb et du Sahel », confie un analyste spécialisé dans les questions de sécurité. « Pour les stratèges, le mouvement est perçu comme un levier permettant à Alger de maintenir une pression sur son voisin marocain, allié clé de Washington en Afrique ».

D’après les observateurs sécuritaires, les opérations militaires revendiquées par le Polisario contre des positions marocaines sont interprétées comme un défi direct de cette organisation à l’ordre régional et à l’administration américaine du président Donald Trump.

Mais les interrogations les plus sensibles concernent la bande sahélienne et saharienne.

Depuis plus d’une décennie, et surtout ces trois années, cette zone est devenue l’un des espaces sécuritaires les plus instables du monde. La crise de l’État malien, du Niger, du Burkina Faso, du Tchad, du Soudan, de Libye, la prolifération de groupes jihadistes et armées successifs, ont profondément transformé l’équilibre sahélo-saharien.

Dans ce contexte, l’Algérie qui s’est imposée comme un acteur diplomatique incontournable. Les accords de paix signés à Alger en 2015 entre le gouvernement malien et plusieurs groupes rebelles ont illustré cette ambition.

Cependant, des diplomates africains estiment que la position algérienne dans la région dépasse la simple médiation.

« L’objectif principal d’Alger est la création d’une zone tampon sécuritaire ou un Etat au nord du Mali, au sud de ses frontières», explique un ex diplomate algérien, des services algériens, exilé en Europe, sous couvert d’anonymat.

Au cœur de ces dynamiques se trouvent les services de renseignement algériens.

Forgés durant la guerre civile des années 1990, ces services sont souvent décrits par les spécialistes comme l’un des appareils sécuritaires les plus expérimentés du continent africain. Leur connaissance des réseaux jihadistes et des dynamiques clandestines du Sahara et du Sahel, est largement reconnue.

Mais cette expertise nourrit également une réputation plus ambiguë. Les services algériens sont connus pour leur capacité à opérer dans les zones grises, selon un général algérien, en résidence surveillée.

« Entre diplomatie officieuse, renseignement, influence directe et indirecte, ils disposent d’une expérience unique des gardiens de la révolution iranienne dans la gestion des conflits asymétriques ».

Les autorités algériennes rejettent catégoriquement ces interprétations et affirment que leur politique régionale vise uniquement à protéger la sécurité nationale et à lutter contre les groupes jihadistes actifs dans le Sahel.

Dans les milieux du renseignement, la combinaison entre le soutien au Polisario, l’influence d’Alger dans la bande sahélienne et la puissance de son appareil sécuritaire, continue d’alimenter un débat croissant sur le rôle réel du régime militaire algérien du général Saïd Chengriha dans les équilibres régionaux, par un déclanchement d’une éventuelle guerre, pour des raisons uniquement du pouvoir interne.