Le Parti de la prospérité (PP) du Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a remporté une victoire écrasante aux élections législatives du 1er juin, s’adjugeant plus de 90 % des sièges attribués à la Chambre des représentants du peuple, selon les résultats officiels annoncés par la Commission électorale nationale (Nebe).
Sur les 486 sièges finalement pourvus, le PP en a obtenu 438, consolidant ainsi sa domination sur la scène politique éthiopienne. La nouvelle Assemblée, composée de 547 sièges, sera chargée d’élire le prochain Premier ministre lors de l’ouverture de la session parlementaire prévue entre fin septembre et début octobre. Sauf surprise, Abiy Ahmed devrait briguer un nouveau mandat à la tête de l’exécutif.
Le scrutin s’est toutefois déroulé dans un contexte marqué par de fortes tensions sécuritaires. Les élections ont dû être reportées dans 15 circonscriptions de trois États régionaux, dont l’Oromia, le plus peuplé du pays. Par ailleurs, les 38 sièges réservés au Tigré resteront vacants, le vote n’ayant pas pu s’y tenir en raison des séquelles du conflit qui a opposé, entre 2020 et 2022, les forces tigréennes à l’armée fédérale et fait près de 600 000 morts.
Des perturbations ont également été signalées dans l’Amhara, où les milices nationalistes Fano combattent les forces fédérales depuis plus de trois ans. Selon l’ONG spécialisée dans le suivi des conflits Acled, au moins 90 affrontements ont été recensés le jour du scrutin dans cette région. En Oromia, des attaques attribuées à l’Armée de libération oromo (OLA) ont également fait plusieurs victimes civiles et entravé le déroulement des opérations électorales.
La Commission électorale a indiqué que 143 bureaux de vote n’avaient pas ouvert en raison de problèmes de sécurité, tandis que le scrutin a été interrompu dans plusieurs autres centres de vote.
L’élection s’est également tenue en l’absence d’une opposition forte et unie. Une quarantaine de partis étaient en lice, mais le principal parti d’opposition, Ezema, n’a présenté que 293 candidats, contre 461 pour le Parti de la prospérité, seul en compétition dans 64 circonscriptions.
Arrivé au pouvoir en 2018, Abiy Ahmed avait été salué pour ses réformes politiques et son ouverture démocratique. Il fait désormais face à des critiques croissantes concernant la répression des voix dissidentes et les restrictions visant les médias.
Malgré les conflits et les défis sociaux, l’économie éthiopienne affiche des perspectives de croissance soutenues. Selon le Fonds monétaire international, le pays pourrait enregistrer une croissance supérieure à 9 % en 2026, l’un des taux les plus élevés au monde. Toutefois, la pauvreté demeure préoccupante, touchant environ 43 % de la population, selon la Banque mondiale.
