Le principal groupe de médias privé d’Ouganda, Nation Media Group (NMG), a été contraint de suspendre les activités de ses chaînes de télévision, de radio et de son quotidien après une intervention de militaires déployés dimanche matin, sur ordre du chef de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba.
Parmi les médias concernés figurent NTV Uganda, Spark TV et le journal Daily Monitor, considérés comme les principaux organes de presse indépendants du pays malgré un environnement médiatique fortement encadré.
Le général Muhoozi Kainerugaba, également fils du président Yoweri Kaguta Museveni, a ordonné le placement sous haute surveillance militaire des locaux du groupe. Dans plusieurs publications sur le réseau social X, il a affirmé ne pas croire au principe d’une presse libre, estimant que les médias devaient être « guidés par les cadres de la révolution ».
Cette décision intervient après plusieurs reportages critiques du Nation Media Group portant sur son rôle au sein de l’armée, la gouvernance, les droits humains et les questions de sécurité. Le chef militaire avait déjà menacé par le passé de « débrancher » les médias du groupe.
Dans l’un de ses messages, il a affirmé disposer du pouvoir de fermer tout média opérant en Ouganda, ajoutant que cette prérogative lui aurait été accordée depuis 2017 par son père, le président Museveni. Il a également averti que tous les médias du pays devraient désormais suivre les règles.
Aucune justification officielle n’a été fournie par le gouvernement ni par la Commission ougandaise des communications, l’autorité chargée de la régulation du secteur. Cette absence d’explication soulève des interrogations sur le respect des procédures légales, alors que les suspensions de diffusion relèvent habituellement de cette institution.
Le Nation Media Group n’avait pas encore réagi officiellement au moment des faits, ses locaux restant sous surveillance des forces de sécurité.
Le général Muhoozi Kainerugaba a par ailleurs appelé, via X, à l’arrestation de la directrice générale du groupe, Susan Nsibirwa, l’accusant de « semer le chaos » dans le pays.
Cette nouvelle mesure s’inscrit dans un contexte de tensions récurrentes entre les autorités et les médias indépendants en Ouganda, marqué ces dernières années par des restrictions de couverture, des coupures d’internet, des limitations des réseaux sociaux et des arrestations de journalistes.
Des organisations de défense de la liberté de la presse et des droits humains ont dénoncé cette fermeture, qu’elles considèrent comme une grave atteinte à la liberté d’expression et un signe du durcissement du pouvoir à l’égard des médias indépendants.
