Ethiopie : HRW dénonce le recrutement forcé de mineurs au Tigré

Les autorités de la région éthiopienne du Tigré mènent une vaste campagne de recrutement forcé, ciblant des hommes mais aussi des adolescents parfois âgés de seulement 15 ans, dans un contexte de fortes tensions avec le gouvernement fédéral, affirme Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié lundi.

Selon l’organisation de défense des droits humains, les forces de sécurité locales, loyales au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), procèdent à des arrestations lors de descentes nocturnes, enlevant des personnes à leur domicile, sur leur lieu de travail ou dans la rue afin de les intégrer de force aux Forces de défense du Tigré (TDF).

HRW estime que cette campagne d’enrôlement alimente un climat de peur dans toute la région. « Les autorités tigréennes imposent un recrutement forcé qui plonge la population dans l’insécurité », a déclaré Laetitia Bader, directrice adjointe pour l’Afrique de l’ONG.

L’organisation s’appuie notamment sur le témoignage d’un ancien combattant qui affirme avoir été arrêté chez lui par des hommes en uniforme des TDF avant d’être conduit de force dans un commissariat avec une quinzaine d’autres personnes, parmi lesquelles se trouvaient plusieurs adolescents âgés de 16 ou 17 ans.

Ces accusations font écho à des informations recueillies en juin par l’AFP auprès de jeunes hommes ayant fui des camps d’entraînement ou quitté leur ville pour échapper aux rafles. Début juin, l’ONG éthiopienne Human Rights First-Ethiopia avait également dénoncé des recrutements militaires forcés dans la plupart des zones du Tigré, sur la base des témoignages de 27 personnes.

D’après HRW, les autorités régionales ont d’abord appelé les anciens combattants à reprendre les armes avant d’adopter une loi instaurant un service militaire obligatoire et élargissant les pouvoirs des forces locales pour enrôler les personnes refusant de servir.

Le Tigré reste marqué par la guerre qui a opposé, de 2020 à 2022, le TPLF au gouvernement du Premier ministre éthiopien, un conflit ayant fait au moins 600.000 morts, selon l’Union africaine. Malgré l’accord de paix conclu sous l’égide de l’organisation continentale, les tensions se sont ravivées ces derniers mois, les deux camps s’accusant mutuellement de préparer une nouvelle confrontation armée. Des affrontements et des mouvements de troupes ont d’ailleurs été signalés depuis le début de l’année.