Libye : L’assassinat du chef des renseignements de l’Armée nationale libyenne

Le chef des renseignements de l’Armée nationale libyenne (ANL), Fauzi Al-Mansouri, a été tué lundi soir dans un attentat à la voiture piégée à Benghazi, fief du maréchal Khalifa Haftar. La disparition de ce général de brigade constitue un sérieux revers pour le dispositif sécuritaire de l’Est libyen.

Selon l’ANL, le véhicule du général a explosé alors qu’il quittait une mosquée après la prière du soir, dans un quartier résidentiel de Benghazi. L’armée a dénoncé un « acte lâche et criminel ». Il s’agit de l’une des attaques les plus importantes visant un haut responsable de l’Est depuis plusieurs années.

Les autorités locales privilégient la piste jihadiste, tout en précisant que les investigations sont toujours en cours. Le bureau de Khalifa Haftar a par ailleurs annoncé l’arrestation d’une cellule qualifiée de « terroriste », soupçonnée de préparer des actes de sabotage à Benghazi, sans établir pour l’heure de lien direct avec l’assassinat.

Figure militaire influente, Al-Mansouri avait joué un rôle majeur dans les opérations menées entre 2014 et 2017 contre les groupes jihadistes, notamment Ansar al-Charia puis l’organisation Etat islamique. Son élimination intervient alors que l’Est libyen, contrôlé par l’ANL depuis 2017, cherche à préserver son emprise face au gouvernement basé à Tripoli.

Le gouvernement d’Abdelhamid Dbeibah a également condamné l’attentat et appelé le parquet à ouvrir une enquête nationale.

Cette attaque intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. Washington pousse actuellement à une réunification des institutions libyennes, dans le cadre d’un plan attribué à l’émissaire américain pour l’Afrique Massad Boulos. Celui-ci envisagerait notamment l’installation d’un exécutif unifié à Syrte, avec Saddam Haftar à sa tête et Abdelhamid Dbeibah maintenu comme Premier ministre.

Pour plusieurs observateurs, l’assassinat fragilise les garanties sécuritaires sur lesquelles repose le projet de réunification de la Libye. L’attaque met notamment en évidence les failles du dispositif de sécurité dans le principal fief du camp Haftar et pourrait compromettre le calendrier du plan Boulos. Face à cette menace, le clan Haftar pourrait chercher à resserrer ses rangs et à renforcer son emprise sur l’Armée nationale libyenne. Après cet attentat, un report, voire un sérieux ralentissement du processus de réunification politique, apparaît désormais possible.