Algérie : Quand l’uniforme du général Saïd Chengriha pèse plus lourd que les urnes comme le général Augusto Pinochet au Chili

L’histoire ne se répète jamais à l’identique. Mais elle rime parfois de façon inquiétante.

En 1973, les chars du général Augusto Pinochet mettaient fin à l’expérience démocratique de Salvador Allende. Au nom de la stabilité, de la sécurité nationale et du salut de la patrie, le pouvoir militaire s’est substitué à la souveraineté populaire. Les institutions civiles sont devenues des instruments de légitimation d’un pouvoir dont le véritable détenteur portait l’uniforme.

Aujourd’hui, les analystes occidentaux voient dans l’Algérie une réalité sombre dans sa forme comparable dans la logique de la dictature du général Pinochet.

Le président Abdelmadjid Tebboune est le chef de l’Etat selon la Constitution. Pourtant, ils estiment que le véritable rapport de force se situe ailleurs : au sein de l’institution militaire, dirigée par le général Saïd Chengriha. Dans cette lecture, les grandes orientations politiques ne seraient pas déterminées par la volonté populaire, mais par les équilibres internes du pouvoir militaire.

Les méthodes ont changé. Les chars ne sont plus dans les rues. Les élections existent. Les institutions fonctionnent. Mais la question demeure : à quoi servent les urnes des élections législatives en Algérie si les décisions essentielles échappent au débat démocratique ?

Comme hier au Chili, le vocabulaire officiel met en avant la stabilité, la sécurité et l’unité nationale. Ces objectifs peuvent être parfois légitimes. Mais lorsqu’ils deviennent les justifications permanentes de restrictions aux libertés publiques, de poursuites contre des opposants ou de pressions sur les médias et la société civile, ils alimentent le soupçon d’un système autoritaire où la raison d’Etat l’emporte sur le pluralisme politique.

Il serait erroné de prétendre que l’Algérie d’aujourd’hui n’est pas le Chili de Pinochet. Le contexte historique, les institutions et l’ampleur des violations des droits humains documentées sous la dictature chilienne ne sont pas différents. La comparaison ne porte pas sur une équivalence, mais sur une interrogation : une démocratie peut-elle être pleinement souveraine lorsque l’armée est perçue comme l’arbitre et le garant ultime de la vie politique en Algérie?

La véritable leçon du Chili, qui est devenu une véritable république démocratique dotée d’un régime présidentiel fort n’est pas seulement celle d’un coup d’Etat. C’est celle du danger qui apparaît lorsque les institutions civiles perdent leur autonomie face au pouvoir militaire. Une nation ne se construit pas durablement par la prééminence des armes, mais par la confiance dans les citoyens, le respect des libertés et la possibilité d’une alternance réelle.

Pour de nombreux critiques du pouvoir algérien, l’Algérie contemporaine présente des similitudes dans son fonctionnement politique, économique, social et diplomatique comme dans l’ère du général Pinochet.

Dans cette lecture, le président Abdelmadjid Tebboune apparaît moins comme le détenteur autonome du pouvoir que comme le visage civil d’un système, où les choix essentiels demeurent sous le choix de l’appareil militaire du général Saïd Chengriha.