Sénégal : Quatre inculpations pour crimes contre l’humanité

Pour la première fois au Sénégal, des personnes ont été inculpées pour « crime contre l’humanité » ou « complicité de crime contre l’humanité » pour des faits présumés commis lors des troubles politiques qui ont secoué le pays entre 2021 et 2024.

Quatre personnes ont été mises en cause entre mardi et mercredi dans une procédure ouverte à la suite de plaintes déposées par Pape Abdoulaye Touré. Ce dernier affirme avoir été victime, en juin 2023, de séquestration, d’enlèvement, de torture et de violences.

Parmi les suspects figurent Ameth Tidiane Cissé, responsable de la sécurité, et Djibril Gaye, agent de sécurité au Centre des œuvres universitaires de Dakar. Selon leur avocat, Me Taha Cissé, ils sont poursuivis notamment pour association de malfaiteurs, crime contre l’humanité et torture. Djibril Gaye a été placé en détention provisoire, tandis qu’Ameth Tidiane Cissé a été placé sous contrôle judiciaire.

Deux autres personnes, Amadou Guindo Traoré et Djibril Diaw, sont poursuivies pour « complicité de crime contre l’humanité ». Le premier a été placé sous contrôle judiciaire et le second assigné à résidence avec bracelet électronique, selon leur conseil, Me Yaya Dia.

Ces inculpations interviennent alors que les nouvelles autorités sénégalaises ont promis de faire la lumière sur les violences politiques de ces dernières années. Elles pourraient permettre de contourner la loi d’amnistie adoptée à la fin du mandat de l’ancien président Macky Sall, qui couvre une partie des faits commis pendant cette période.

Le Sénégal a connu plusieurs épisodes de violences entre 2021 et 2024, sur fond de tensions entre le pouvoir de Macky Sall et l’opposition dirigée notamment par Ousmane Sonko. Les manifestations ont été sévèrement réprimées et ont fait de nombreuses victimes.

Selon un collectif regroupant journalistes et scientifiques, au moins 65 personnes, dont 51 tuées par balles, ont péri entre mars 2021 et février 2024. Des responsables des nouvelles autorités évoquent toutefois un bilan supérieur à 80 morts.

Amnesty International a salué les procédures engagées. Son directeur au Sénégal, Seydi Gassama, a assuré que l’organisation resterait  vigilante aux côtés des victimes.

Plusieurs des personnes mises en cause sont présentées comme proches de Pape Malick Ndour, ancien ministre de la Jeunesse sous Macky Sall.