GPS de précision, tablettes connectées et cartes interactives générées par l’intelligence artificielle, dans les profondeurs de la brousse congolaise, les géologues de l’américain KoBold Metals explorent le sous-sol à la recherche de lithium, un minerai devenu stratégique pour la transition énergétique.
Installée depuis peu en République démocratique du Congo (RDC), la société californienne entend utiliser l’IA pour accélérer la découverte de nouveaux gisements. Créée en 2018 avec le soutien d’investisseurs comme Bill Gates et Jeff Bezos, KoBold bénéficie d’une stratégie américaine visant à diversifier l’approvisionnement en minerais critiques et à réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine.
Pékin domine largement le secteur minier congolais depuis les années 2000 et contrôle, selon les estimations, entre 70 et 80% du marché du cuivre et du cobalt. La RDC est le deuxième producteur mondial de cuivre et le premier de cobalt. Mais son immense sous-sol, réparti sur plus de 2,3 millions de km², reste encore largement inexploré.
C’est dans ce contexte que KoBold a obtenu, depuis 2025, 14 permis couvrant plus de 3.000 km². La société a installé son quartier général à Manono, dans le sud-est du pays, une région réputée pour ses importantes ressources en minerais critiques.
Les équipes américaines, actives depuis avril, analysent jusqu’à 2.000 échantillons de sol chaque semaine. Les données recueillies sont ensuite croisées avec d’anciennes cartes géologiques, des résultats de forages historiques et des images satellites. L’algorithme identifie ainsi des indices permettant de cibler les futurs forages.
« Nous avons des résultats très encourageants », affirme Benjamin Katabuka, directeur général de KoBold en RDC, sans fournir davantage de détails. L’entreprise prévoit d’investir plus de 50 millions de dollars dans le pays d’ici début 2027 et espère lancer la production dans quelques années.
Cette implantation s’inscrit dans le rapprochement entre Washington et Kinshasa, concrétisé par un accord stratégique signé en décembre. Mais les investissements américains tardent encore à se multiplier, dans un secteur minier confronté à des accusations de corruption et à des controverses environnementales.
A Manono, l’arrivée de KoBold nourrit néanmoins des espoirs. La population, marquée par des décennies d’exploitation minière, attend surtout des retombées concrètes. La pauvreté y reste très élevée, tandis que l’accès à l’eau potable et à l’électricité demeure limité.
La découverte de lithium a réveillé les ambitions économiques de la ville, autrefois prospère grâce à l’étain. Mais les mineurs locaux dénoncent toujours des salaires faibles et des conditions de travail difficiles. Chez certains habitants, l’arrivée des Américains est ainsi perçue comme une possible occasion d’améliorer leur quotidien.
