Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda au Sahel, a revendiqué ces derniers jours d’importantes pertes infligées aux forces armées du Burkina Faso et à leurs supplétifs civils, sur fond de recrudescence de ses offensives.
Dirigé par les militaires depuis septembre 2022, le Burkina Faso est confronté depuis plus de dix ans à des attaques meurtrières menées par des groupes liés à Al-Qaïda et à l’Etat islamique, qui contrôlent de vastes portions du territoire.
Selon un rapport publié en février par le Conseil de sécurité des Nations unies, le rythme des attaques du JNIM avait ralenti en septembre 2025, ses combattants ayant été redéployés au Mali afin de soutenir une tentative de blocus sur le carburant. « Les opérations au Mali ont constitué sa priorité depuis septembre dernier », confirme Héni Nsaibia, analyste auprès de l’ONG ACLED, spécialisée dans le suivi des conflits.
Toutefois, si les actions du groupe n’ont jamais totalement cessé, une nouvelle vague d’attaques d’envergure frappe depuis la mi-février le nord et l’est du pays, causant des dizaines de morts, y compris parmi les civils. D’après Hasret Kargin, chercheur Afrique au cabinet Mintel World, le JNIM a revendiqué dix opérations distinctes depuis le 14 février.
Parmi les plus meurtrières figurent l’assaut du 15 février contre la caserne militaire de Titao, dans le nord-ouest, où le groupe affirme avoir tué « des dizaines de soldats », ainsi qu’une attaque le même jour à Tandjari, dans l’est, ayant coûté la vie à une cinquantaine d’agents des eaux et forêts. A Titao, une dizaine de civils ont également été tués, dont sept commerçants ghanéens.
Pour Héni Nsaibia, cette série d’opérations menées entre le 12 et le 22 février témoigne d’un haut niveau de coordination. Plus de 130 personnes, soldats burkinabè, supplétifs civils et combattants du JNIM, auraient péri dans ces affrontements.
Aucune communication officielle du JNIM n’a toutefois expliqué cette nouvelle escalade après plusieurs mois d’accalmie. Hasret Kargin rappelle néanmoins que les groupes jihadistes intensifient souvent leurs actions à l’approche et pendant le mois de Ramadan. La saison sèche, qui facilite les déplacements rapides sur le terrain, contribue également à cette montée en puissance.
Les attaques récentes se concentrent dans le nord et l’est, deux zones stratégiques sur les plans opérationnel et financier pour la branche sahélienne d’Al-Qaïda. Ces régions abritent de nombreux sites aurifères et d’importants axes de contrebande. Le nord sert notamment de lien avec le commandement central basé au Mali, tandis que l’est, qui comprend le complexe forestier transfrontalier W-Arly-Pendjari aux confins du Niger et du Bénin, permet d’étendre les opérations vers les pays voisins.
Ces vastes espaces boisés offrent un refuge contre les frappes aériennes et génèrent des revenus substantiels grâce au commerce illégal du bois et au contrôle de sites d’orpaillage artisanal. L’attaque de Tandjari, près de Fada N’Gourma, illustre ainsi la marge de manœuvre croissante du JNIM dans l’est du pays.
Un politologue burkinabè s’interroge d’ailleurs moins sur la fréquence des attaques que sur leur bilan humain, alors même que l’armée affirme être mieux équipée, mieux organisée et plus réactive. Mi-février, les autorités militaires ont indiqué contrôler 74 % du territoire, évoquant quelque 600 villages « reconquis ».
Le rapport onusien de février signale en outre la nomination récente d’un haut responsable du JNIM dans l’est du pays. De nationalité burkinabè, Sekou Muslimu aurait pour mission d’étendre l’influence du groupe vers le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Niger et le Togo.
