Burkina Faso : Au moins 38 civils tués dans des attaques du JNIM, selon Human Rights Watch

Depuis la fin janvier, le nord-est du Burkina Faso est le théâtre d’une série d’attaques meurtrières attribuées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), la branche sahélienne d’Al-Qaïda. Selon l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW), ces violences ont fait au moins 38 victimes civiles lors de trois assauts distincts.

D’après l’ONG, les combattants du JNIM ont multiplié les offensives de grande ampleur dans le nord et l’est du pays ces dernières semaines, causant plusieurs dizaines de morts, dont de nombreux civils. Dans un communiqué publié jeudi, HRW affirme que le groupe jihadiste a « tué au moins 38 civils, enlevé neuf femmes et incendié des biens » lors d’attaques survenues depuis la fin janvier dans cette région.

Le Burkina Faso, dirigé par une junte militaire depuis septembre 2022, reste plongé dans une crise sécuritaire profonde. Depuis 2015, la violence liée aux groupes armés a entraîné la mort de dizaines de milliers de personnes, civils comme militaires. Selon l’ONG ACLED, qui recense les victimes des conflits à travers le monde, plus de la moitié de ces pertes ont été enregistrées au cours des trois dernières années.

Pour documenter ces événements, Human Rights Watch indique avoir mené des entretiens à distance avec une vingtaine de personnes, parmi lesquelles dix témoins directs des attaques, ainsi que des journalistes, des membres de la société civile et des habitants des villages touchés. L’organisation qualifie ces actes « d’atrocités » et estime qu’ils pourraient constituer des crimes de guerre.

Selon HRW, les assauts auraient ciblé des communautés soupçonnées d’entretenir des liens avec les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), un corps de supplétifs civils soutenant l’armée burkinabè dans la lutte contre les groupes jihadistes.

Le 29 janvier, près du village de Sollé, dans le nord du pays, des combattants du JNIM ont kidnappé neuf femmes âgées de 29 à 51 ans. Les captives auraient été menacées de viol et d’exécution avant d’être finalement relâchées le lendemain. Les assaillants les soupçonnaient d’être des « épouses de VDP » venues les espionner, a rapporté à l’ONG une femme de 42 ans.

Quelques semaines plus tard, le 14 février, une autre attaque attribuée au JNIM a visé une base militaire à Titao, ville stratégique du nord du Burkina. Selon HRW, au moins 34 civils ont été exécutés lors de cet assaut, au cours duquel des habitations ont été incendiées et des infrastructures de télécommunication détruites.

Un agriculteur de 37 ans a raconté à l’organisation avoir assisté à la scène. « Je me suis caché derrière un mur pendant que des hommes qui tentaient de s’enfuir étaient abattus sous mes yeux », a-t-il témoigné.

Enfin, le 22 février, des combattants du groupe armé ont attaqué un poste de gendarmerie dans la ville de Manni, dans l’est du pays. Quatre commerçants ont été exécutés et leurs boutiques incendiées, selon HRW.

La brutalité du JNIM contre les civils au Burkina Faso a été implacable, a dénoncé Ilaria Allegrozzi, chercheuse spécialiste du Sahel au sein de Human Rights Watch.