Soudan : Une crise oubliée qui frappe de plein fouet les enfants

La guerre qui s’enlise depuis quatre ans au Soudan continue de faire des ravages, et les enfants en paient le prix le plus lourd. Mardi, l’Unicef a tiré la sonnette d’alarme, dénonçant une crise humanitaire massive largement négligée par la communauté internationale, notamment dans la région du Darfour.

Selon Sheldon Yett, représentant de l’organisation au Soudan, des millions de mineurs vivent aujourd’hui dans des conditions dramatiques, marquées par la violence, la faim et l’exil forcé. « Les enfants sont les premières victimes de ce conflit », a-t-il déclaré depuis Port-Soudan, en soulignant que la mobilisation mondiale reste bien en deçà de celle observée lors de la crise du Darfour au début des années 2000.

A l’époque, l’indignation internationale avait suscité un vaste élan humanitaire. Vingt ans plus tard, la situation apparaît pourtant plus grave encore, mais sans susciter la même attention. Le Darfour semble aujourd’hui oublié, malgré l’ampleur et la complexité accrues de la crise, regrette Sheldon Yett.

Les chiffres illustrent l’ampleur du drame : près de 33 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire, dont plus de la moitié sont des enfants. Au Darfour, environ 5 millions d’entre eux vivent dans une extrême pauvreté. Les infrastructures essentielles, comme les écoles et les centres de santé, ont été détruites, tandis que de nombreuses familles ont dû fuir les violences.

Dans certaines zones, la situation est particulièrement alarmante. A El-Facher, au Darfour-Nord, assiégée pendant de longs mois avant de tomber aux mains des paramilitaires en octobre 2025, des centaines d’exactions ont été recensées. Meurtres, mutilations, violences sexuelles, enlèvements et enrôlements forcés d’enfants figurent parmi les violations signalées.

Depuis le début du conflit, plus de 5 700 violations graves des droits des enfants ont été documentées à travers le pays, dont des milliers de morts ou de blessés. Rien que sur les trois premiers mois de l’année, au moins 160 enfants auraient été tués.

Face à cette situation, la directrice de l’Unicef, Catherine Russell, appelle à une mobilisation urgente pour éviter une répétition des tragédies passées. L’organisation souligne également le manque criant de financements : son appel humanitaire pour le Soudan n’est couvert qu’à 16 %, mettant en péril des programmes essentiels pour des millions d’enfants.