Mali : Vers un scénario libyen ou un risque de califat ?

Une coalition de combattants liés à Al-Qaïda et de groupes séparatistes du Front de libération de l’Azawad a mené au Mali la plus vaste attaque coordonnée depuis plus de dix ans, marquant une nouvelle escalade dans une région déjà parmi les plus touchées au monde par les violences extrémistes.

L’offensive, lancée simultanément durant le week-end, à partir de bases militaires situées dans le sud de l’Algérie et au nord du Mali, a visé plusieurs points stratégiques du Mali : l’aéroport de Bamako, la garnison de Kati, ainsi que des localités du nord et du centre comme Kidal et Sévaré. Aucun bilan officiel n’a été publié, mais des sources évoquent la mort du ministre malien de la Défense, tué dans un attentat à la voiture piégée.

Le Front de libération de l’Azawad (FLA) affirme avoir pris le contrôle de Kidal, une ville hautement stratégique déjà au cœur de la crise sécuritaire malienne depuis sa chute initiale en 2012.

Dans ce contexte d’occupation territoriale et d’affaiblissement des institutions centrales, les observateurs estiment que la poursuite de ces dynamiques pourrait accroître le risque d’un scénario de type libyen, avec un pays divisé en deux parties, l’une au nord et l’autre au sud, ainsi que le danger de la création d’un État islamique, voire d’un califat, favorisant l’enracinement de groupes armés djihadistes.

Depuis plus d’une décennie, le pays fait face à la présence de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, ainsi qu’à une rébellion séparatiste touarègue. Le groupe Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) a étendu son influence, allant jusqu’à bloquer récemment l’approvisionnement en carburant de Bamako et multipliant les attaques et enlèvements dans toute la région sahélienne.

Dans le nord, le FLA et le JNIM ont déjà combattu ensemble malgré leurs divergences idéologiques, avec un objectif commun : repousser l’armée malienne et ses alliés russes du centre et du nord du pays.

Après des années d’intervention française et onusienne, le contrôle de l’État s’est affaibli. Les juntes militaires arrivées au pouvoir ont expulsé ces forces et se sont tournées vers la Russie, notamment via l’Africa Corps, déployé à environ 2 000 hommes, devenu principal partenaire sécuritaire de Bamako.

Mais ce soutien n’a pas empêché de nouveaux revers : l’Africa Corps a annoncé son retrait de Kidal peu après sa prise par le FLA, illustrant la fragilité du rapport de force dans le nord du pays.